Les commanderies

Templiers et Hospitaliers dans le Lot-et-Garonne

13 - Sieuzac Monique Domus Hospitalis
Préface
Lors du concile de Clermont, en 1095, le pape Urbain II appelait les laïcs, et surtout la chevalerie occidentale, à maîtriser le libre accès au tombeau du Christ par la prise de Jérusalem, amorçant ainsi le mouvement des croisades. Après cette victoire en 1099, la première mission était de conserver et de protéger les lieux saints. Le flux des pèlerins va donc s'accentuer vers Jérusalem aux XIe et XIIe siècles.

Promoteur de la Réforme grégorienne, Urbain II cherchait avant tout à canaliser les forces guerrières de la société occidentale vers un but théologiquement louable, et à endiguer du même coup la violence qui décimait les rangs de la chevalerie.

De ce fait, deux nouveaux ordres religieux furent créés : celui des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem (1113), ayant pour mission l'hébergement et le soin des pèlerins ; et un peu plus tard, l'ordre du Temple (1118), pour assurer la sécurité des mêmes pèlerins en Terre sainte.

Ces deux ordres religieux et militaires bénéficièrent, en Occident, de nombreuses donations, et organisèrent un véritable réseau de commanderies rurales et urbaines. Les revenus de celles-ci servirent à l'entretien des chevaliers des deux ordres en Terre Sainte, qui collaboraient à la conservation du royaume de Jérusalem par le monde chrétien. Ainsi, au cours des XIIe et XIIIe siècles, Templiers et Hospitaliers créèrent plusieurs commanderies, entre autres dans l'actuel département du Lot-et-Garonne, — d'Agen à la Tour d'Avance —, où ces établissements furent constitués grâce aux bienfaits de la noblesse locale et des grands de ce temps.

L'auteur, Monique Sieuzac, spécialiste du sujet, ex-institutrice, aujourd'hui à la retraite, propose par cet ouvrage une étude intéressante sur les possessions templières et hospitalières d'Agen, d'Argentens, de Gimbrède, de Port-Sainte-Marie, de Romerstaing et du Temple-sur-Lot, six importantes commanderies qui possédaient des annexes dans plusieurs localités du département gascon. Ayant pour la plupart la forme d'établissements ruraux, elles assuraient aussi un logement de passage à de nombreux pèlerins de la chrétienté occidentale. Parfaitement structurées et hiérarchisées, administrées par des hommes soumis à une règle communautaire, ces vastes exploitations agricoles avaient acquis une importance exceptionnelle. Les commandeurs partageaient souvent le pouvoir politique avec les seigneurs laïques locaux. La fonction des commanderies dans l'aménagement du pays, et dans sa maturation religieuse, fut donc très importante et reste encore identifiable ici et là en Gascogne.

Ce livre contient plusieurs clichés, réalisés par un photographe professionnel Marc Chalès, des vestiges des maisons templières et hospitalières du Lot-et-Garonne.

Jean-Luc Alias
Rédacteur en chef du Médiéviste Magazine
978 2 84478 553 4


La Commanderie de Devesset

11 - Patrie Florence Domus Hospitalis
Commanderie de Devesset

Deux membres de la commanderie Hospitalière de Devesset en Haut-Vivarais et leurs chapelles
Sainte-Epine de Tournon et Saint-Georges d'Annonay


Les ordres militaires, dans le sud-est de la France, bénéficient d'un grand intérêt depuis plusieurs années. Parmi eux, l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem et l'ordre du Temple font l'objet de nombreuses publications en raison de la densité de leurs établissements. Le Vivarais, province épousant l'actuel département de l'Ardèche, n'est pas une région dans laquelle les Templiers et les Hospitaliers se sont fortement implantés. Toutefois, c'est dans le Bas-Vivarais que se concentre le plus grand nombre de commanderies créées par les ordres. Quant au Haut-Vivarais, une unique maison hospitalière, dont la commanderie-chef était Devesset, se constitua sur son territoire. Le bailliage de Devesset s'étendait jusque dans les diocèses du Puy et de Viviers, dans lesquels il possédait principalement des granges, mais les nombreux membres et annexes qui lui étaient rattachés étaient surtout installés dans l'actuel département de la Loire. La commanderie de Devesset possédait deux membres en Ardèche : Sainte-Epine de Tournon et Saint-Georges d'Annonay.
0035-2748


La commanderie de la Tour d'Avance

10 - Bourrachot Lucile Domus Hospitalis
Une seigneurie rurale dans la lande au XVIIe siècle

Au milieu d'une clairière touchant la forêt domaniale de Campet, dans le territoire de la commune de Fargues-sur-Ourbise, se dressent, isolés de toute habitation ou agglomération, les bâtiments de ce qui fut la commanderie de la Tour d'Avance.

Rachetée après la Révolution par un homme aussi original que fortuné, le comte Philippe Dijon, elle fit partie lors du règlement de la succession de celui-ci, du lot attribué à une de ses nièces, Mme de Virieu.

Le domaine de la Tour d'Avance, composé essentiellement des bâtiments, d'une portion de clairière, dont l'autre partie relève de l'Etat, et de quelques bois, est toujours propriété de la famille de Virieu qui a résolu de restaurer la vieille commanderie. L'architecture de celle-ci est des plus simples : un rectangle un peu irrégulier dont un des côtés est constitué par l'ancienne chapelle, l'autre côté par un petit bâtiment d'habitation et la tour proprement dite. Les deux autres faces sont formées par deux murs, celui de façade percé d'un porche d'entrée et celui du fond sur lequel s'appuient un four et des dépendances en ruine, de construction probablement assez moderne. La tour est carrée et comprend une pièce par étage, les étages étant reliés entre eux par un escalier à vis qui occupe la totalité d'une tour ronde accolée à la précédente.
ISSN : 0035-1288


Chartes coutumes de la commanderie de Condat en 1307

9 - Mirandol (Comte de) Domus Hospitalis
Commanderie de Condat-sur-Vézère

A un coin du bourg de Condat est la maison de la Commanderie avec ses basses-cours, gardoir (vivier), jardin, pigeonnier. Lors de la prise de possession du commandeur de Beaujeu, frère Rigal, son procureur, a trouvé les meubles suivants :
12 escabeaux, 8 petits tabourets, 3 chaises, 4 bancs, 2 tables, 2 châlits, 2 couchettes garnies de paillasse, 1 buffet, 1 coffre en noyer, 2 plats, 3 assiettes, 1 pinte, 1 caisson rompu, 1 grille de fer, 4 linceuls, 3 petites nappes de cuisine, 1 maie à pétrir, 1 tamis, 1 crible. Le tout fort usé et à demi rompu.

Rapport de la visite de la Commanderie de Condat par le comte de Mirandol.
Année 1937


Les Commanderies du Grands Prieuré de France

7 - Mannier Eugène Domus Hospitalis
De tous les anciens Ordres de chevalerie, le plus illustre a été sans contredit celui de l'Hôpital Saint-Jean-de-Jérusalem. Nous n'avons pas à rappeler ici les éminents services que les membres de cet Ordre rendirent à la cause de la chrétienté et de la civilisation. On sait quelle part glorieuse ils prirent à la conquête de la Terre-Sainte. On connaît aussi leurs luttes à jamais mémorables avec les infidèles à Rhodes et à Malte où, pendant des siècles, ils furent les protecteurs et les soutiens les plus fermes du commerce des nations catholiques en Orient.

Pour accomplir une pareille mission, ce n'était pas assez du courage et de la constance héroïque dont ils donnèrent tant de preuves, il leur fallait encore une armée et une flotte considérables, bien aguerries et toujours prêtes à combattre; ce qui exigeait de grandes dépenses et pour y faire face, des ressources plus grandes encore.

Mais ces ressources, dira-t-on, où pouvaient-ils les trouver ? Ils les avaient dans leurs commanderies, dans les revenus de ces grands et riches domaines qu'ils possédaient dans tous les pays, et dont le nombre toujours croissant se trouva plus que triplé au commencement du XIVe siècle, par l'adjonction des biens des Templiers dont l'Ordre venait d'être supprimé.

Malheureusement, presque tous ces établissements ont disparu. Cependant beaucoup de noms, tels que Y Hôpital, le Temple, la Commanderie nous les rappellent encore. Ils ont été donnés dans nos campagnes à des sections de territoire, à des hameaux, à des villages même et dans nos villes à des rues, à des places publiques, à des quartiers entiers. Mais ces noms ne nous disent pas l'espèce d'établissement qui existait là autrefois. était-ce une chapelle, une église, une maison religieuse ou un domaine féodal, un château, une forteresse, ou encore quelque établissement agricole ou industriel : une ferme, des moulins, des forges, des mines.... ?

Un double intérêt historique et géographique est attaché à la solution de ces questions. Pour tâcher d'y parvenir, nous nous sommes appliqués à rechercher surtout l'origine et les titres de fondation de ces divers établissements :

Leur nature, situation et emplacement à l'aide d'anciens terriers ;
Les causes qui ont accru ou diminué leur importance, et souvent amené leur ruine et suppression ;
Leurs revenus à diverses époques ;
Les commanderies dont ils faisaient partie,

Et les noms des commandeurs ou chevaliers de l'Ordre chargés de leur administration.

Nous avons puisé nos renseignements à des sources authentiques, dans ces nombreux documents que les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem conservaient au siècle dernier dans l'ancienne maison du Temple à Paris, et qui reposent aujourd'hui aux Archives nationales. C'est un dépôt considérable et des plus précieux. Il compte au moins quatre cents cartons, renfermant plus de dix mille titres ou pièces, et huit cents registres environ qui sont des inventaires, des comptes, des terriers, des visites prieurales, etc.

Tous ces documents concernent uniquement les commanderies du Grand-Prieuré de France, lequel comprenait vingt-six diocèses tant en France qu'en Belgique. On y trouvait au commencement du XIVe siècle près de deux cents commanderies de l'Hôpital ou du Temple. Ce nombre était réduit à la fin du même siècle, à cent quinze. Il n'était plus que de cinquante-trois au siècle dernier.

Ces cinquante-trois commanderies renfermaient encore près de cinq cents établissements : un grand nombre de fief et de seigneuries, et plus de deux cents églises paroissiales dont les cures étaient à la collation du Grand-Prieur de France.

Voilà en résumé le sujet de cet ouvrage destiné à tirer de l'oubli où elles sont restées pour la plupart jusqu'à présent, ces commanderies autrefois si renommées du Grand-Prieuré de France, et qui, à cause de leur importance et de l'Ordre illustre auquel elles ont appartenu, méritaient depuis longtemps d'avoir leur place dans l'histoire.

L'ouvrage, précédé d'une notice sur l'origine, l'étendue et la composition du Grand-Prieuré de France, sera divisé ainsi qu'il suit.

I. Commanderies de l'Ile de France, de la Beauce, du Pays-Chartrain et de l'Orléanais ;
II. Commanderies de la Brie ;
III. Commanderies de la Champagne et du comté d'Auxerre ;
IV. Commanderies de la Haute et Basse-Normandie;
V. Commanderies de la Picardie;
VI. Commanderies de l'Artois, de la Flandre-Wallonne et du Hainaut-Français ;
VII. Commanderies de la Belgique.

Editions Gérard Montfort
Saint-Pierre-de-Salerne
27800 Brionne, année 1987
2-85226-005-0


Les Commanderies de l'Hôpital en Picardie

5 - Bessey Valérie Domus Hospitalis
L'ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, créé au XIIe siècle, est mieux connu par ses actions militaires dans les croisades et en Méditerranée, par sa double mission d'accueil et de protection des pèlerins de Terre sainte que par ses commanderies1. Pourtant souligne A. Luttrell dans sa préface de l'ouvrage réédité de J. Delaville Le Roulx, l'histoire de l'Ordre en Méditerranée est indissociable de celle de ses prieurés occidentaux. La « base arrière » que constitue l'immense réseau de commanderies regroupées en prieurés3 et réparties à travers tout l'Occident chrétien, occupe en effet une place fondamentale dans l'organisation de l'Hôpital. L'exploitation de ses propriétés permet, par le biais d'une taxe annuelle, la responsion, de soutenir la lutte dans l'Orient latin et de maintenir sa vocation hospitalière. Les graves difficultés des XIVe et XVe siècles, en touchant de plein fouet les structures d'exploitation rurale que sont les commanderies, ont mis en péril cette organisation financière, au moment où les Hospitaliers, menacés par l'avancée en Méditerranée orientale des Turcs ottomans et des Mameluks d'Egypte, connaissent des besoins d'argent pressants.

Comment les établissements d'une région très exposée pendant la guerre de Cent Ans, la Picardie, ont-ils traversé ces temps de bouleversements économiques et militaires, ainsi que la période de reconstruction qui suivit ? Les Hospitaliers ont-ils su adapter leurs structures aux crises qui les frappaient, comme ils le firent en Normandie, ou comme le réalisèrent, en Picardie justement, les prieurés clunisiens.

Il s'agit donc ici d'une étude combinée : celle de l'économie rurale picarde aux derniers siècles du Moyen Age, avec celle de l'histoire institutionnelle d'un ordre militaire.

Evoquer la création et le fonctionnement des commanderies depuis leur origine paraît auparavant indispensable pour bien apprécier les mutations qui les affectent par la suite. La formation et l'organisation de leur temporel (XIIe et XIIIe siècles), leurs ressources et leurs dépenses, constituent autant de questions préalables, introduisant à la problématique qui nous occupe : les commanderies de l'Hôpital face aux désordres du temps.
9-782911-722370