Commanderie de Sainte-Anne

Département: Haute-Vienne, Arrondissement, Limoges: Canton, Eymoutiers, Commune: Sainte-Anne-Saint-Priest - 87


Domus Hospitalis Sainte-Anne
Domus Hospitalis Sainte-Anne

La Commanderie de Sainte-Anne (Ordre de Malte) à la fin du XVIIIe siècle.

La Langue d'Auvergne — l'une des provinces françaises de l'Ordre souverain de Saint-Jean de Jérusalem, désigné sous le nom d'Ordre de Malte depuis le transfert de son siè ge en cette île de la Méditerranée en 1530 — possédait cinquante-six commanderies, domaines administrés par un chevalier de l'Ordre qui prenait alors le titre de commandeur ; vingt-et-une de ces commanderies étaient situées dans les anciennes provinces du Limousin et de La Marche ; celle de Sainte-Anne se rangeait, semble-t-il, parmi les plus importantes ; son chef-lieu, sa « tête », se trouvait dans la commune de Sainte-Anne — Saint-Priest, canton d'Eymoutiers (Haute-Vienne), ses dépendances, ses « membres », étant disséminés dans des localités des actuels départements de Haute-Vienne, de la Creuse et de la Corrè ze.

De 1781 à la Révolution, qui emporta tous les biens français de l'Ordre de Malte, la Commanderie de Sainte-Anne appartint au chevalier Dieudonné, Guy, Sylvain, Tancrè de, dit Déodat, de Gratet de Dolomieu, le savant géologue et minéralogiste éponyme des Alpes dolomitiques et de la route des Dolomites — qui, par ses travaux et sa vie mouvementée, en dépit de sa briè veté (né le 23 juin 1750 à Dolomieu, canton de La Tour-du-Pin [Isè re] il mourut à Châteauneuf [Saône-et-Loire], le 16 novembre 1801), se place au rang des personnages attirants de l'histoire ; dernier commandeur de Sainte-Anne, il ne parut qu'une fois dans sa commanderie, la gestion en étant assurée par son fondé de pouvoirs Jean-François Lacoste, donat de l'Ordre ; il y était, néanmoins, bien vu : au cours de la visite de 1789, relatée plus loin, des paysans témoignè rent, en effet, avoir entendu dire « qu'il était un respectable seigneur, trè s charitable envers tous ses pauvres vassaux à qui il fait faire l'aumône et rend tous les services possibles » ; bon et généreux, il le fut au cours de sa carriè re, mais le soin avec lequel, on le verra, il accomplissait ses obligations de commandeur révè le un aspect de son existence resté encore, semble-t-il, dans l'ombre, alors que le savant et l'homme privé ont été étudiés et le sont toujours dans de nombreux ouvrages.

A la commanderie de Sainte-Anne, Déodat de Dolomieu succéda au chevalier de Valoy ; avant celui-ci, en avaient été titulaires, entre autres : Jacques de Dyo, au XVIe siè cle ; François de Crémeaux, Ardouin d'Aubusson, Alexandre de Costaing de Pusignan, Antoine de Fougiè res du Trez, au XVIIe siè cle ; Just, Henry, Didace de Maugiron, Jean-Joseph de Coussac, Adrien de Langon, Pierre du Peyroux, Joseph-Guy de Bosredon de Vatanges, le chevalier de Chorance, Léon de Chary des Gouttes, au XVIIIe siè cle.

Plusieurs membres de la famille dauphinoise des Gratet de Dolomieu appartinrent aussi à l'Ordre de Malte, et, de 1689 à 1721, Henry de Gratet de Dolomieu, grand-oncle de Déodat, eut la commanderie de Charriè res (commune de Saint-Moreil, Creuse), dont les dépendances s'étendaient dans les mêmes provinces que celles de la commanderie de Sainte-Anne.

 

La commanderie en 1784

Dè s sa prise de possession, le 1er mai 1781, Déodat de Dolomieu apporta à sa commanderie des « améliorissements » (1) et des augmentations, et y effectua de « belles et grandes réparations », qu'en 1784, il fit constater officiellement : ses démêlés avec son Ordre à cette même époque expliquent peut-être semblable précaution. Quoi qu'il en soit, à la requête de Lacoste, une visite de la Commanderie fut effectuée par Charles-Joseph de Félines de la Renaudie, commandeur de Carlat, et Jean-Baptiste de Lasteyrie du Saillant, commandeur des Bordes, délégués de Claude-Marie de Sainte-Colombe de Laubépin, bailli Grand-Croix de Malte, Commandeur de Saint-Paul, Grand Prieur d'Auvergne ; les opérations commencè rent le 19 septembre 1784 dans la ville de Brive, Simon Aubert, notaire à Brive, faisant fonction de secrétaire. Dans une premiè re partie du procè sverbal, qui, vraisemblablement, exigea plusieurs séances, Lacoste déclare d'abord que la Commanderie se compose du chef-lieu comportant la haute, moyenne et basse justice, et de six membres, soit : en Limousin, Villemaux, Chavagnac et Charriéras, Magnac ; en Marche, Le Besth, Malleret, Nabéron, avec Salesse et Monteil-Guillaume ; en Combraille, Blavepeyre.
1. Ce terme synonyme d'amélioration, est particulier à l'Ordre de Malte, ainsi que le précise, d'ailleurs, LITTRé dans son dictionnaire.

Lacoste fournit une description et un inventaire fort détaillés ; seul, l'essentiel en sera donné ici : une visite faite cinq ans plus tard, en 1789, et les déclarations souscrites en exécution du décret de l'Assemblée nationale du 18 juin 1790 préciseront, en effet, le dernier état de la commanderie avant sa disparition, objet principal de la présente étude (2).
2. Une description de la Commanderie de Sainte-Anne, d'aprè s les procè s-verbaux des visites de 1615-1617, est contenue dans l'ouvrage de, A. VAYSSIè RE, archiviste de la Corrè ze, L'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem ou de Malte en Limousin et dans l'ancien diocè se de Limoges. (Tulle, Imprimerie Emmanuel Crauffon, 1884), pages 49 à 57, auquel il convient de se reporter.

A Sainte-Anne, l'église paroissiale dépendait de la Commanderie qui en assurait l'entretien ; suffisamment éclairée par des vitraux, pourvue d'une bonne charpente, couverte en tuiles, bien fermée à clef, elle était surmontée d'un pinacle avec deux cloches « bien sonnantes » ; l'autel et le tabernacle étaient « forts propres » ; tout ce qui était nécessaire à l'exercice du culte s'y trouvait ; les ornements étaient en nombre suffisant, avec, en particulier, huit chasubles complè tes et tous les linges sacrés ; dans une niche était placée une statue de Sainte-Anne, dont un reliquaire d'argent renfermait, disait-on, une des mamelles (3).
3. Le 7 octobre 1719, le curé Mazaloubaud s'était engagé envers le Commandeur de Maugiron, à installer derriè re l'autel une armoire fermée pour conserver cette précieuse relique.

Un presbytè re et deux petits jardins servaient au curé. Le moulin avait été supprimé par ordonnance du Grand-Maître de l'Ordre, du 27 février 1778, mais quelques biens-fonds subsistaient.

L'église paroissiale de Villemaux, commune de Beyssenac, canton de Lubersac, Corrè ze, dédiée à saint Jean-Baptiste — patron de beaucoup d'églises de l'Ordre de Malte — était à peu prè s aussi bien pourvue et en aussi bon état que celle de sainte Anne, mais sans presbytè re; il existait, néanmoins, un cimetiè re ; le moulin et l'étang d'autrefois avaient été convertis en un pré, aprè s enquête des représentants de l'Ordre, au temps du commandeur de Chary des Gouttes, environ quarante ans plus tôt.

Quant aux chapelles de Chavagnac, commune de Meuzac (Haute-Vienne) et du Temple de Magnac, commune de Magnac-Bourg (Haute-Vienne), leur destruction avait été décidée en 1778, à la demande du commandeur de Valoy.

L'église du Besth (aujourd'hui commune de Saint-Merd-la-Breuille, canton de La Courtine [Creuse]), sous le vocable, elle aussi, de saint Jean-Baptiste, garnie de tout ce que l'exercice du culte nécessitait, et munie de deux cloches, possédait deux statues, l'une de saint Jean-Baptiste et l'autre de saint Guilbert, et un grand tableau « saint Jean-Baptiste dans le désert » ; une chapelle latérale, côté de l'épître, ne relevait pas de la Commanderie, pas plus que le presbytè re, bâtiment couvert en paille.

A Malleret (actuelle commune du département de la Creuse, bordée aujourd'hui par le champ de tir militaire de La Courtine), l'église Saint-Jean-Baptiste était couverte en paille, tout comme le presbytè re composé de deux piè ces (cuisine et chambre) et d'une cave, avec écurie, « toit à cochons », et jardin clos de murs d'environ une coupée ; dans l'embrasure d'un vitrail de l'église, derriè re l'autel, se détachait un tableau de saint Jean-Baptiste.

Le « membre » du Nabéron (commune de Crocq), était le plus considérable, avec ses deux églises paroissiales de Salesse (commune de Saint-Agnant-lè s-Crocq) et de Monteil-Guillaume (un peu au sud du Nabéron), une maison qualifiée de « château », une chapelle attenante, un moulin et de nombreuses parcelles.

 

Salesse

Département: Creuse, Arrondissement: Aubusson, Canton: Auzances, Commune: Crocq - 23


Domus Hospitalis Salesse
Domus Hospitalis Salesse

Dans l'église de Salesse, couverte partie en tuiles, partie en « hallebardeaux », sous le vocable aussi de saint Jean-Baptiste, deux statues, saint Jean-Baptiste et la sainte Vierge, étaient placées sur l'autel ; deux cloches s'abritaient dans un pinacle ; le presbytè re était couvert en paille : c'était une maison de deux piè ces et un grenier, avec écurie et toit à cochons, et au-devant, une cour et un « beau jardin » ; à cette portion du membre de Nabéron étaient rattachées les six parcelles suivantes, toutes en « domaine utile », savoir :
Le pré de l'étang, de 2 journaux.
Le pré de Laborie des Chaussades, de 4 journaux.
La terre de Laborie de Bressol, de 3 séterées.
La terre de Laborie de Lagasne, de 3 séterées.
La terre de Louvrier de La Drize, de 7 quartellées ; et
La terre de Vey (ou Veix), de 7 quartellées.

 

Monteil-Guillaume

Département: Creuse, Arrondissement: Aubusson, Canton: Auzances, Commune: Crocq - 23


Domus Hospitalis Monteil-Guillaume
Domus Hospitalis Monteil-Guillaume

Dans l'église de Monteil-Guillaume, dédiée à saint Blaise et saint Jean-Baptiste, se remarquaient un grand tableau de Notre-Dame du Rosaire, au-dessus du tabernacle, un fauteuil de bois pour le curé, deux crédences pour les ornements et deux cloches ; le presbytè re, à une portée de fusil, comprenait une cuisine et une chambre, avec une écurie sous le même toit et petit jardin au-devant; à proximité s'étendait le cimetiè re.

 

Nabéron

Département: Creuse, Arrondissement: Aubusson, Canton: Auzances, Commune: Crocq - 23


Domus Hospitalis Nabéron
Domus Hospitalis Nabéron

Le « château du Nabéron » était un corps de logis ayant écurie avec crè che et râtelier, cuisine et four au rez-de-chaussée, cave au-dessous, trois chambres au premier étage, grenier au-dessus ; un bâtiment séparé servait d'étable et de grange; dans la chapelle — à côté de la basse-cour — le curé de Monteil-Guillaume célébrait douze messes chaque année, moyennant 12 livres ; tenait à cette chapelle une écurie munie de crè ches et couverte à paille. Cet ensemble, avec la cour, était entouré de murs et fermé par un grand portail.

Les biens-fonds rattachés au Nabéron se décomposaient en dix-huit parcelles, outre celles qui sont désignées plus haut :
Un jardin devant le château, de 1 quartonnée.
Une chè neviè re, de 1 éminée.
Une terre derriè re la grange, de 2 stérées 1 quarte.
Un pré dit « Le Pré Clos », de 5 journaux.
Une terre dite du Peyrouché et terrain au-dessus, de 2 setiers éminée.
Une terre dite de La Garenne du Bournaseau, de 1 éminée.
Une terre dite La Grande Ouche, de 2 stérées éminée.
Une terre aux Martinas, de 9 quartonnées.
Un « patural » dit de Lazane, dans lequel a été englobé le pré du Nord, de 6 journaux.
Une terre aux Bessadotes, de 3 éminées.
Une terre à La Garenne, de 3 éminées.
Un pré a fundè che », de 4 journaux.
Un pré dit « Pré Grand », de 4 journaux.
Une terre dite « Le Petit Champ Redon », de 3 setiers émine.
Deux petites piè ces de terre dites de Jouzat, de 5 stérées.
Un « patural » (ancien étang), de 2 séterées.
Une terre dite « Le Grand Champ Redon », de 5 séterées environ.
Un lopin de bois dit « La Garenne de haute futaie », de 3 éminées environ.

A un quart de lieue du château, fonctionnait un petit moulin couvert à paille et pourvu de tous agencements et instruments.

 

Commanderie de Blavepeyre

Département: Creuse, Arrondissement: Aubusson, Canton: Auzances, Commune: Bussiè re-Nouvelle - 23


Domus Hospitalis Blavepeyre
Domus Hospitalis Blavepeyre

— Entre les communes d'Auzanches et de Sermur (Creuse), à une lieue de Sermur — l'église, couverte en tuiles et halle-bardeaux, et munie d'une cloche, possédait un retable en chêne avec tableau de saint Jean-Baptiste, et, dans des niches, la statue de ce saint et celle de la sainte Vierge ; le cimetiè re, le long de l'église, était clos de murs ; le presbytè re se composait, sous un toit de paille, d'une cave et de deux chambres éclairées chacune par une fenêtre vitrée, l'une de ces chambres pourvue d'une cheminée et d'un four ; y tenaient une grange et une écurie.

Le 24 septembre 1784, les commissaires de Malte, Lacoste et le secrétaire partent de Brive et vont constater de visu les améliorations effectuées par le commandeur de Dolomieu. Arrivés à Magnac — à 5 lieues environ de Sainte-Anne - le 26, en fin de journée, ils se bornent à noter la suppression de la chapelle , l'absence du droit de justice, l'existence de plusieurs censes, rentes et dîmes, ainsi que d'une parcelle de 80 séterées couverte de bruyè re et improductive.

Le lendemain 27 septembre, à Villemaux, les Visiteurs de Malte sont reçus par le prêtre Pierre Bonneaud qui dessert la paroisse à la place du curé Reix : Déodat de Dolomieu a fait dans l'église, entiè rement à ses frais, les réparations et améliorations que voici :
— remise à neuf du tabernacle et des gradins de l'autel.
— réfection du tableau de Saint-Jean-Baptiste et de son cadre.
— fourniture d'un siè ge en bois pour le curé, d'un chandelier en bois pour le cierge pascal, d'un surplis, de 6 corporaux, 6 purificatoires, 6 manuterges, un rideau d'indienne, avec tringle de fer, pour recouvrir le tabernacle.
— réfection, en bois de chêne, de la table de communion, du plancher du sanctuaire et du marchepied de l'autel.
— couverture en tuiles plates du sanctuaire et crépissage des murs.

Quant au plancher de la nef, il a été refait à neuf, et le commandeur y a contribué au prorata de ses fonds et rentes dans la commune.
Les revenus de la cure se bornent à la pension accordée par le dernier édit royal ; il n'existe ni obit ni fondation ; quant au desservant, plusieurs habitants interrogés déclarent qu'ils en sont « trè s contents » Le pré dépendant du « membre » est vu en bon état.

Le 28 septembre, à Sainte-Anne, on trouva le curé, Jean Rubin, et on consigna la fourniture, par le commandeur, d'un surplis, de deux aubes, deux amicts et deux cordons, d'un rituel et d'un manuel, et la réparation des murs extérieurs et de la toiture du sanctuaire. Là aussi, le curé ne percevait que la pension du dernier édit, sans obit ni fondation, mais il jouissait, on l'a dit, de deux petits jardins; il « s'acquitte fort bien des devoirs de son état », affirment plusieurs habitants.

 

Malleret

Département: Creuse, Arrondissement: Aubusson, Canton: Auzances, Commune: Beissat - 23


Domus Hospitalis Malleret
Domus Hospitalis Malleret

Les Visiteurs se dirigent ensuite vers Malleret, à 17 lieues de Sainte-Anne ; le curé, Antoine Lacombe, les y accueille le 30 septembre ; là, le commandeur de Dolomieu a fourni :
Une armoire en chêne pour les ornements, placée dans le chœur de l'église.
Un rochet.
Des boîtes pour les Saintes-Huiles.
Le nouveau rituel du diocè se.
Les cartons liturgiques pour la messe.
Une bourse de soie, avec cordons, pour le port du Viatique.
Un voile pour le ciboire.
Une étole pastorale en soie, « trè s propre », à deux faces, garnie d'un galon; et Une nappe pour la communion.

De plus, il a fait relier le missel, blanchir l'intérieur du chœur, crépir l'extérieur et réparer la couverture de paille.
Le presbytè re venait d'être reconstruit, et le Commandeur avait participé au coût des travaux pour 361 livres, 17 sols, 2 deniers, approximativement 4.000 francs 1964.

Outre sa pension et le jardin du presbytè re, le curé disposait d'une chè neviè re, d'un petit pré, et, en vertu d'une fondation, d'un autre pré ; les obits s'élevaient à 15 livres annuelles affectées sur la chapelle du château de Galemeau (paroisse de Malleret), dédiée à sainte Anne ; la Maison de Segonzac, dans la même paroisse, devait par an, pour obits et fondations, environ 30 livres que les enquêteurs recommandent au curé de se faire payer exactement, en même temps que la ponctualité lui est prescrite pour la tenue de ses registres, d'ailleurs en rè gle ; au demeurant, aucune plainte n'est formulée contre le curé qui, au contraire, « édifie par ses bons exemples tous les habitants » : un nommé Jean Bardet signe cette attestation.

Dans le bourg de Malleret, un bâtiment couvert en paille, à usage de grange et étable, était loué, avec le consentement de l'Ordre, à un certain Desassis ; à celui-ci incombaient l'entretien et les réparations de ce bâtiment ; les biens-fonds attachés, qu'il exploitait, consistaient en : Le pré dit « de la Prade », produisant 30 charretées de foin.
Un autre pré, donnant 12 charretées de foin.
Le pacage du Pescher, de 3 séterées.
Un « patural ».
Un autre pacage (ancien étang), appelé « La Vedrenne ».
Trois parcelles de terre dites de La Barriè re, Champ de la Planche et les Claux.

 

Commanderie Le Besth

Département: Creuse, Arrondissement: Aubusson, Canton: Auzances, Commune: Saint-Merd-la-Breuille - 23


Domus Hospitalis Besth
Domus Hospitalis Besth

Le même jour, les délégués de Malte visitè rent Le Besth, à 2 lieues environ au sud-est de Malleret ; le curé, Guillaume Guillaud, les reçut à la porte de l'église — couverte en paille — avec les cérémonies d'usage ; le commandeur de Dolomieu, constata-t-on, avait fait relier le missel, fourni deux chandeliers de cuivre, un rituel et son manuel, un bénitier portatif, des cartons d'autel et un régloir ; sur ses ordres, on avait repeint le tabernacle en couleur de marbre et repiqué le sanctuaire. Le Commandeur abandonnait au curé, « un saint homme » au dire de ses ouailles, pour sa portion congrue, la dîme de la paroisse, et lui versait un supplément de 150 livres ; s'y ajoutait, par fondations, la jouissance de trois prés, de la maison servant de presbytè re et d'un jardin contigu, moyennant respectivement une messe chantée, trois messes basses et une messe chantée, douze messes chantées et sept messes chantées ; les registres de baptêmes, mariages et sépultures, étaient « légalement tenus ».

Le lendemain, 1er octobre 1784, les Visiteurs arrivaient à Salesse, à 4 lieues au nord du Besth ; la curé, Jacques Lacombe, un « digne prêtre qui desservait trè s bien sa paroisse », jouissait des dîmes qui s'y percevaient; outre un jardin et une chè neviè re, il profitait, en vertu d'une fondation, de deux prés, le « pré de la cure », de 2 journaux, et celui de « la petite Saigne », d'un demi-journal ; par une autre fondation, il lui était payé chaque année la somme de 13 livres 10 sols ; enfin, le seigneur de Flayat, localité entre Le Besth et Salesse, devait annuellement 15 livres pour l'entretien de la lampe du sanctuaire.
Le Commandeur de Dolomieu avait refait en chêne le plancher du sanctuaire et le marchepied de l'autel, et, en tuiles plates et « halle-bardeaux », la toiture.

Entre Salesse au Sud et Le Nabéron au Nord, l'église de Monteil-Guillaume fut vue également le 1er octobre 1784, sous la conduite du curé, Michel Cornudet, prêtre « susceptible d'aucun reproche » : le Commandeur de Dolomieu avait fait redorer à neuf le tabernacle, ses ailes, consoles et exposition, réparer le vitrail du sanctuaire et son contrevent, peindre en gris le lambris au-dessus de l'autel, consolidé les murs à l'extérieur, au moyen d'un « mottage et repiquage en paille », et, enfin, il avait donné deux burettes d'étain ; en plus de sa portion congrue servie par le Commandeur, le curé avait un jardin et un pré en fondation.

Le même jour encore, les Commissaires de Malte se rendirent au Nabéron, à un quart de lieue au Nord de Monteil-Guillaume et une lieue environ de Salesse ; le métayer, Marion Labbac, les accompagna dans le château : l'intérieur et l'extérieur, notamment la couverture en tuiles à crochets, apparurent en bon état ; la chapelle Sainte-Anne, dans la cour, avait été recouverte en tuiles plates et une ferrure et deux sabliè res placées pour soutenir la charpente, le tout sur l'ordre du Commandeur de Dolomieu, qui, de plus, avait fourni deux chandeliers de bois ; les fonds étaient bien cultivés.

Le lendemain, 2 octobre 1784, ce fut le tour du « membre » de Blavepeyre, au pays de Combraille, à trois lieues du Nabéron ; le curé, Jean-Baptiste Crozat, un bon prêtre, assure-t-on, reçut les visiteurs à la porte de l'église ; le Commandeur de Dolomieu avait donné récemment un surplis à manches, une étole pastorale en soie de toutes couleurs, un voile pour le ciboire, deux chandeliers de cuivre et une tringle de fer pour le rideau du tableau de Saint-Jean, et, enfin, il avait fait recouvrir en tuiles plates le toit du sanctuaire ; le presbytè re et le cimetiè re étaient convenables ; aucun Immeuble (terre ou maison).bien-fonds n'appartenait à la Commanderie ; le curé percevait les dîmes de la paroisse et un supplément de 75 livres par an versées par le commandeur ; il avait à sa disposition un jardin et une chè neviè re, le tout d'environ deux boisselées ; il n'acquittait aucune espè ce d'obits ni de fondations ; il tenait ses registres « suivant l'ordonnance ».

Les réparations et les fournitures effectuées par le Commandeur de Dolomieu ainsi constatées, le procè s-verbal de la visite fut complété par un « dénombrement général de tous les droits, revenus et charges de la Commanderie de Sainte-Anne », pouvant se résumer comme suit : Droits honorifiques.
— Le commandeur est collateur de sept églises paroissiales : Sainte-Anne, Villemaux, Salesse, Monteil-Guillaume, Malleret, Le Besth et Blavepeyre, ainsi que des chapelles de Magnac et de Chavagnac, mais ces derniè res sont supprimées depuis 1778.

Droits de justice.

— Le commandeur détient la haute, moyenne et basse justice à Sainte-Anne et à Malleret, la moyenne et la basse à Monteil-Guillaume et au Nabéron ; ces justices sont exercées :
— à Montel-Guillaume, au Nabéron et à Malleret, par Michel Redon, juge, Jean-Baptiste Cornudet, procureur et Joseph Cornudet, greffier. — à Sainte-Anne, par Bernard Vergnaud, juge, Jean-Baptiste Bessat, procureur, et Hyacinthe Jolyet, greffier.
Ces officiers ne reçoivent pas de gages et ne méritent aucun reproche ; il est enjoint à Lacoste de pourvoir au remplacement du procureur Bessat qui vient de partir pour l'Amérique.

Droits de dîmes.

— Le commandeur perçoit la dîme à Magnac, à Chavagnac (commune de Meuzac), dans le village de Charrieras, paroisse d'Aubiat (sic), dépendance du « membre » de Villemaux (4), à Monteil-Guillaume, dans les villages de Chaussade (commune de Saint-Agnant-les-Crocq), de Pradat (commune de Saint-Maurice, canton de Crocq), de Bedol (commune de Saint-Georges-Nigremont, canton de Crocq) ; les dîmes du Besth, de Salesse et de Blavepeyre ont été cédées, on l'a vu, aux curés de ces paroisses, à celui de Salesse pour sa portion congrue entiè re et à ceux du Besth et de Blavepeyre pour partie de cette portion congrue.
4. Il s'agit vraisemblablement d'un hameau de la commune d'Objat, canton d'Ayen (Corrè ze).

Cens et rentes.
— Elles consistaient en :
A Sainte-Anne : 324 setiers 1 coupe (mesure de Limoges) de tous grains réduits en seigle; et En numéraire, la somme de 229 livres 12 sols 9 deniers.

A Magnac, Villemaux, Chavagnac et Charriè ras :
319 setiers (mesure de Limoges) de tous grains réduits en seigle; et En numéraire, 708 livres 2 sols.

A Magnac seul :
86 setiers 6 coupes de grains, réduits aussi en seigle ; et En espè ces, la somme de 24 livres 10 sols 9 deniers.

Au Besth :
52 setiers 2 boisseaux de seigle.
30 setiers 1 quarte d'avoine.
11 livres en espè ces.

A Blavepeyre :

30 setiers 1 boisseau de seigle.
4 setiers d'avoine.
12 livres 10 sols en numéraire.

A Malleret :

106 setiers 4 boisseaux de seigle.
46 setiers 6 quartes d'avoine.
25 livres 4 sols en argent.

Au Nabéron, à Salesse et à Monteil-Guillaume :

269 setiers de seigle et froment ; et 111 livres en numéraire.
Sauf 5 setiers de seigle de semence dans chacun des domaines du Nabéron et de Malleret, ni bestiaux ni meubles n'étaient attachés à la Commanderie.
La visite se termina ici, et on se rendit à Bourganeuf ; Lacoste y présenta :
6 livres terriers concernant Sainte-Anne, Villemaux et Magnac, établis respectivement en 1624, 1697 (2), 1709, 1777 et 1782, et un arrêt du Grand Conseil en faveur du Commandeur de Cayssac contre les tenanciers de Magnac, rendu en 1726 ; et 5 livres terriers relatifs au Nabéron et à ses dépendances, datés de 1641, 1698, 1724, 1752 et 1779-1780.
Aucun procè s n'était en cours, sauf une vieille affaire à Magnac, que, d'ailleurs, le Commandeur de Dolomieu s'employait à régler.

Revenus.

— Ils se décomposaient ainsi :
1° Fermage des « membres » du Nabéron, de Monteil-Guillaume, de Salesse, du Besth et de Blavepeyre, dû par Cornudet en vertu d'un bail du 5 avril 1781, Charles, notaire à Feuilletin (aujourd'hui, département de la Creuse). 3.383 livres
2° Fermage de Malleret dû par Désassis (bail du 4 avril 1781, Valette, notaire à Châteauvert). 1.690 livres
3° Fermage de Sainte-Anne, La Croizille (localité au sud-ouest de Sainte-Anne, dont elle est séparée par la forêt de Châteauneuf), Villemaux, Charriè ras et le Temple de Magnac, dû par Jolyet (bail du 28 avril 1781, Chaussade, notaire à Linards). 3.100 livres
Soit un total de. 8.173 livres
Aux termes du bail Jolyet, la moitié des droits de lods a été réservée au commandeur, mais le produit n'en est pas « considérable ».

Charles locales.
— En plus de leur fermage, les fermiers de la Commanderie versaient :
Au curé de Sainte-Anne, pour sa portion congrue, le pain, le vin et le luminaire. 375 livres
Au curé de Malleret, pour sa portion congrue. 350 livres
Au curé de Monteil-Guillaume, également pour sa portion congrue. 350 livres
Au curé de Besth, en complément des dîmes à lui concédées 150 livres
Au curé de Blavepeyre, en même complément. 75 livres
A celui de Villemaux, également en même complément. 50 livres
Au desservant de la chapelle du Nabéron. 12 livres
Soit la somme totale de. 1.362 livres

Avant la suppression des chapelles du Temple de Magnac et de Chavagnac, on versait aux desservants de ces chapelles la somme de 20 livres.

Charges en grains.

— Elles se bornaient à 30 setiers de seigle remis au curé de Villemaux.
Avant leur suppression, on livrait aux chapelles du Temple de Magnac et de Chavagnac 15 setiers de seigle.

Charges de l'Ordre.

— Le commandeur versait lui-même à Lyon, siè ge de la Langue d'Auvergne, les charges et « responsions » dues à l'Ordre de Malte, mais Lacoste en ignorait le montant à distraire pour connaître le revenu net de la Commanderie ; il représenta, toutefois, les quittances des sommes payées pour les améliorations effectuées par le Commandeur de Dolomieu : ces sommes s'élevaient à 1.544 livres 10 sols 1 denier.

De l'enquête générale, il ressort que le Commandeur de Dolomieu a paru une fois dans sa Commanderie, ainsi qu'on l'a noté plus haut, que son administration est bonne et que les fermiers gè rent en bon pè re de famille.

Et les Visiteurs clôturent leurs opérations à Bourganeuf, le 6 octobre 1784, en certifiant que, aprè s vérification des améliorations effectuées par le Commandeur de Dolomieu, ils ont trouvé la Commanderie de Sainte-Anne en bon état, les réparations « bien faites et bien conditionnées », et qu'ils acceptent les « améliorissements » pour « bons et valables.

Le 12 novembre 1784, à Lyon, la Commission compétente de la Langue d'Auvergne entérina dans les mêmes termes le rapport des Chevaliers de Félines de la Renaudie et de Lasteyrie du Saillant.

Les Commanderies de Malte étaient visitées, en principe, tous les cinq ans ; aussi, le 16 mai 1789 — venaient de s'ouvrir à Versailles, les Etats généraux auxquels un frè re du Commandeur de Dolomieu siégeait comme député du Clergé pour le diocè se de Vienne — le même Chevalier Jean-Baptiste de Lasteyrie du Saillant, Commandeur des Bordes, en vertu d'une Commission du Grand Prieur d'Auvergne du 21 octobre 1788, entreprit une nouvelle visite de la Commanderie de Sainte-Anne, le titulaire, Déodat de Dolomieu, étant représenté sur place par le même Jean-François Lacoste ; Jean-Baptiste Benassis de La Pléoux, chanoine de Bourganeuf, l'assistait et Léonard Maritaud, notaire au Grand baillage de Bourganeuf, tenait la plume.

Ce fut, comme toujours, une inspection minutieuse, la derniè re avant l'imminente disparition de la commanderie dans la tourmente révolutionnaire ; son importance n'en est que plus grande, et, au risque de redites, il paraît bon de suivre de prè s, ici, le procè s-verbal clos le 25 mai 1789.
Sainte-Anne, diocè se de Limoges, ressort du Parlement de Paris, sénéchaussée de Montmorillon.

Le curé était encore Jean Rubin, qui, nommé en 1736 par le bailli de Langon, le commandeur d'alors, desservait la paroisse depuis cinquante-trois ans ; il reçoit les visiteurs de Malte à la porte de l'église, les conduit à l'autel et leur donne la bénédiction avec la custode d'argent doré en dedans, et garnie d'un voile de soie (5) qu'il retire du tabernacle, lequel renfermait encore un « soleil » (ostensoir) d'argent avec croissant doré, et un porte-Dieu doré à l'intérieur. Ce tabernacle, de bois peint en blanc, doublé intérieurement d'une étoffe de soie, « bien fermant et orné de colonnes et guirlandes de différentes couleurs », était posé sur un gradin peint aussi en blanc, supportant encore six chandeliers de cuivre, un vase de verre et deux statues dorées (saint Jean et saint Joseph) ; surmontait le tabernacle une exposition, avec tableau représentant la Sainte Vierge, dorée et « en car nation », tenant l'Enfant-Jésus, protégé par deux rideaux de « Tissu rayé de plusieurs couleurs.calamandre » attachés à une tringle de fer ; une balustrade entourait l'autel ; cet autel, en pierre, orné d'un devant d'autel encadré, était pourvu d'un marbre sacré, de trois nappes, d'un tapis de couleur verte, des cartons rituels pour la messe, d'un christ en cuivre fixé sur bois devant la porte du tabernacle et d'un autre en os sur le gradin, d'un missel « fort propre » avec deux coussins pour le soutenir ».
5. Le terme « custode », synonyme de « pyxide », constamment employé ici, a vraisemblablement le sens de « ciboire », dont le nom n'existe pas dans les livres liturgiques, qui réservent le mot « ciboire » pour le baldaquin rigide qui couvre l'autel ; la custode pourrait être aussi la lunule contenant l'hostie consacrée et destinée à être placée dans l'ostensoir. Voir : Robert LESAGE, Objets et habits liturgiques, collection « Je sais, Je crois », pages 27-28.
Le baldaquin est sans doute ce que le procè s-verbal désigne sous le nom d'« exposition ».

Le sanctuaire était pavé et on montait à l'autel par un marchepied en chêne.
Une balustrade, également en chêne, séparait la nef du chœur, pavé, blanchi, voûté et éclairé par deux vitraux, celui de derriè re l'autel étant muni de barreaux de fer ; de la voûte pendait une lampe de cuivre avec chaînons.
Un banc de bois avec, au-devant, une espè ce de prie-Dieu, était placé du côté de l'Epître. Une armoire en chêne à deux battants « bien fermante », adossée au mur collatéral, contenait les vases, vêtements et objets liturgiques, soit un calice et sa patè ne en argent doré — tous les livres de chant, le nouveau rituel diocésain et son manuel — treize chasubles (sept mi usées, les six autres presque neuves et « trè s propres ») — une trè s belle étole pastorale en soie de toutes couleurs — les habits en soie de Sainte-Anne, patronne de la paroisse — quatre aubes — deux surplis — un rochet — trois nappes d'autel - une nappe de communion — cinq corporaux — deux cordons — sept amicts — six purificatoires — deux burettes de faïence — deux « trè s beaux » devant d'autel en soie; sur l'armoire étaient posés un bénitier portatif en cuivre — un encensoir et sa navette en cuivre — une lanterne en fer blanc pour accompagner le saint sacrement et une croix de cuivre emmanchée sur bois pour les processions.

Dans un placard fermé par une grille de fer et deux cadenas, un reliquaire d'argent, de forme pyramidale et soutenu par deux anges, renfermait, dans une bourse en étoffe d'or, la fameuse mamelle de sainte Anne déjà signalée ; quant à la statue de sainte, Anne vêtue d'indienne, elle occupait une niche dans le mur derriè re l'autel.
Les fonts baptismaux et leur bassin, ainsi que la boîte des saintes huiles, se trouvaient dans un placard mural fermé, du côté de l'Evangile.
La nef était pavée en pierres brutes, voûtée et blanchie, éclairée par un vitrail ; on y accédait par une porte « bien fermante », vis-à-vis de laquelle était placé un bénitier; dans le pinacle au-dessus de la porte, étaient suspendues deux cloches.
L'église était couverte en tuiles creuses ; la charpente était en bon état ; quant aux murs, ceux du sanctuaire étaient « trè s solides et trè s bien crépis », ceux de la nef demandaient un crépissage, ceux de la partie visant le cimetiè re attenant menaçaient ruine.
Couvert à paille et composé d'une chambre et d'un cellier au rez-de-chaussée, d'une chambre à feu et d'un cabinet au-dessus, et d'un grenier, le presbytè re était distant de l'église de 40 pas environ.
Le commandeur versait chaque année 550 livres, pour portion congrue, au curé, qui disposait, en outre, dans le bourg, des deux jardins d'une quartelée et demie, notés déjà en 1784.
Il n'y avait ni fabrique ni syndic fabricien ; les registres étaient réguliè rement tenus depuis 1736.
Interrogés, quatre cultivateurs de la paroisse, Léonard Bricaud, Pierre Jeandeau, Léonard Leloup et François Mancin, répondent ne pas connaître le Commandeur de Dolomieu, mais bien le donat Lacoste qu'ils savent « honnête homme, soutenant avec zè le les intérêts de l'Ordre et du Commandeur » ; quant au fermier Garaud, de Limoges il perçoit ses rentes, redevances et autres droits, « sans vexer les vassaux et tenanciers » et on le tient pour incapable de vendre ou usurper les biens et les droits de la Commanderie ; les officiers de justice s'acquittent de leurs fonctions sans partialité, et le curé Rubin, quoique trè s âgé, remplit avec zè le toutes les fonctions de son ministè re.

Les titres, papiers et « arpentements » des fonds de la Commanderie étaient entre les mains d'un avocat de Magnac, Vergniau ; de crainte d'en omettre ou de mal les délimiter, les visiteurs se bornè rent à les parcourir, constatant leur « assez bon état », malgré la mauvaise qualité du sol.

 

Magnac

Département: Haute-Vienne, Arrondissement: Limoges, Canton: Eymoutiers, Commune: Magnac-Bourg - 87


Domus Hospitalis Magnac
Domus Hospitalis Magnac

— A Magnac (province du Limousin, diocè se de Limoges, ressort du Parlement de Bordeaux), éloigné de 5 lieues environ de Sainte-Anne, la Commanderie possédait des cens, rentes et dîmes et un terrain couvert de bruyè res, de 80 séterées, qu'il conviendrait de céder en emphytéose ; quant à la chapelle, supprimée depuis 1778, elle était desservie, en dernier lieu, par le curé de Villemaux, Reix ; celui-ci a déposé chez un aubergiste de Magnac, Devilier, un calice et sa patè ne, un surplis, une aube et quelques méchants ornements dont il se servait là.

 

Villemaux

Département: Corrè ze, Arrondissement: Brive-la-Gaillarde, Canton: Uzerche, Commune: Beyssenac - 19


Domus Hospitalis Villemaux
Domus Hospitalis Villemaux

Villemaux (sénéchaussée de Saint-Yrieix, ressort du Parlement de Bordeaux, diocè se et généralité de Limoges), distant de Sainte-Anne de 12 lieues ; les visiteurs sont accueillis à la porte de l'église par le curé Reix ; cette église se présente en bon état ; le tabernacle, dont la porte est dorée et l'intérieur doublé, renferme un « soleil » et une custode en argent doré ; un retable en boiserie, avec colonnades et un Saint-Jean-Baptiste au milieu, protégé par un rideau d'indienne suspendu à deux tringles de fer, surmonte l'autel, en pierre de taille ; sur les gradins de cet autel sont posés deux chandeliers de cuivre et quatre de bois, un christ d'étain sur bois, une petite chasse en cuivre doré contenant des reliques de saint Jean-Baptiste ; trois nappes et un tapis de soie recouvrent l'autel, entouré d'une boiserie marbrée, avec devant en cuivre doré ; marchepied de l'autel, sous-pied du sanctuaire, table de communion, lambris du plafond sont en chêne ; du côté de l'Epître, un encensoir et sa navette sont pendus à un clou ; un grand chandelier de bois fait pendant à un semblable du côté de l'Evangile ; un troisiè me sert pour le cierge pascal.
Dans une commode-crédence, sur laquelle est mise une statue portative de saint Jean-Baptiste en bois peint, on inventorie un « trè s beau calice » d'argent doré et sa patè ne, un surplis, un rochet, quatre aubes avec amicts et cordons, sept nappes d'autel, une nappe en dentelles, une nappe de communion, trois corporaux, six purificatoires, six manuterges, une boîte en fer blanc pour les hosties, trois chasubles presque neuves et leurs accessoires (deux — une noire et une verte — en camelot, et la troisiè me en Tissu rayé de plusieurs couleurs.calamandre à raies multicolores) ; prè s de la crédence, pendait « une espè ce de drapeau en soie ».

On trouve un missel et tous les livres de chant, mais pas le nouveau rituel diocésain.
De chaque côté du chœur, deux bancs sont installés, et, à gauche, une chaise pour le curé.
Dans l'épaisseur du mur de droite, deux placards fermant à clef contiennent les fonts baptismaux et une boîte en étain pour les saintes huiles.
On nota encore une lampe de cuivre, avec verre et chaînons, et une croix processionnelle en cuivre, emmanchée sur bois.
Deux vitraux grillagés éclairaient le chœur « bien blanchi ».
La nef avait deux portes, mais un seul vitrail grillagé ; le sol était partie planchéié et partie pavé, le plafond lambrissé, les murs blanchis ; une tribune en chêne surmontait la porte principale.
La charpente, la couverture en tuiles plates, les murs, tout était en bon état, une lézarde mise à part.
Une cloche occupait un pinacle couvert en tuiles plates.
Le cimetiè re, entouré de murailles et orné d'une croix de bois, en son milieu, joignait l'église.
On projetait la construction d'un presbytè re : le devis se trouvait entre les mains de l'intendant de la Généralité.

Le curé recevait 550 livres par an pour sa portion congrue, et un seul obit de 50 sols pour un service à la mémoire d'une certaine Galliane Deveau ; les registres paroissiaux étaient convenablement tenus.
Du « membre » dépendait un pré, jadis étang, avec moulin, rapportant environ 40 quintaux de foin à l'année.

On interrogea deux laboureurs du lieu, Léonard Michelein et Antoine Gaulfier ; le curé Reix, témoignè rent-ils, était « un bien brave homme, mais, sous prétexte qu'il n'y avait pas à Villemaux de presbytè re ni de bâtiment honnête pour le loger, il habitait depuis un mois chez les Cordeliers de Brive, et il n'y donnait la messe que tous les quinze jours », ils n'ont jamais vu le commandeur, mais font son éloge dans les termes rapportés ci-dessus ; enfin, Lacoste et le fermier Garaud déclarent-ils encore, sont de « trè s honnêtes gens qui veillent à la conversation des biens et droits de l'Ordre ».

 

Commanderie Le Besth

Département: Creuse, Arrondissement: Aubusson, Canton: Auzances, Commune: Saint-Merd-la-Breuille - 23


Domus Hospitalis Besth
Domus Hospitalis Besth

Le Besth (province de la Marche), sénéchaussée de Guéret, Parlement de Paris, diocè se de Limoges, à 20 lieues de Sainte-Anne. Le vicaire perpétuel de la paroisse, Desassis, absent, un domestique introduit les visiteurs dans l'église ; le chanoine Benassis de la Pléoux ouvre le tabernacle ; s'y trouvent un « soleil » d'argent au croissant doré et une custode d'argent à couvercle doré, garnie d'un voile de soie ; ce tabernacle, les consoles, l'exposition et les gradins de l'autel sont en bois peint de différentes couleurs ; la Vierge est représentée dans l'exposition ; sur les gradins reposent six chandeliers (quatre en bois doré et deux en cuivre), un reliquaire de cuivre, un christ en os attaché sur bois, une boîte en fer blanc pour les hosties et six bouquetiers en faïence ; une boiserie peinte recouvre l'autel, en pierre, pourvu d'un marbre sacré, de trois nappes, des cartons liturgiques, d'un tapis de ras vert, d'un missel sur un pupitre de bois ; le devant d'autel est en cuivre doré ; sur le marchepied, en chêne, est posée une clochette. Derriè re l'autel est accroché un grand tableau de saint Jean-Baptiste dans un cadre de bois ; deux crédences en chêne et fermant à clef, sont placées de chaque côté de l'autel ; celle de gauche renferme un calice d'argent, un petit porte-Dieu en argent avec bourse et voile, les livres de chant, le nouveau rituel diocésain, trois aubes et leurs cordons et amicts, six nappes d'autel, deux nappes de communion, deux surplis, six corporaux, huit manuterges, neuf purificatoires, six chasubles complè tes de couleurs diverses ; dans la crédence de droite sont rangés : deux nappes de communion, un bénitier portatif en cuivre, un encensoir et sa navette en cuivre, une lanterne en fer blanc pour le viatique et une boîte en étain pour l'huile des infirmes.

Au-dessus des crédences, se remarquent deux statues en bois, saint Jean-Baptiste et saint Gilbert, et, à côté de l'une d'elles, un grand christ en bois. Dans un coin du chœur, sont entreposés une croix processionnelle en cuivre, emmanchée sur bois, un vieux drapeau et un dais.
Le chœur est pavé en pierres de taille, crépi, blanchi, plafonné et éclairé par un vitrail à deux barres de fer ; du plafond pend une lampe de cuivre avec verre et chaînons; devant la balustrade de chêne qui clôt le chœur, sont placés deux bancs à accoudoirs, et un fauteuil de bois.
La nef est pavée de petites pierres, crépie, blanchie, plafonnée sur soliveaux ; un vitrail est percé au-dessus de la porte d'entrée, auprè s de laquelle se trouvent les fonts baptismaux et un bénitier en pierre.
Dans le mur collatéral de droite, s'ouvre une chapelle dédiée à la Sainte Vierge et entretenue « par la piété des fidè les ».
Le pinacle, sur la porte d'entrée, abrite deux cloches.
Charpente, couverture de paille, murs extérieurs, tout est en bon état.
Le cimetiè re, devant l'église, n'est pas fermé, mais, en son milieu, se dresse une haute croix de pierre.
Un seul corps de logis, couvert de paille, constitue le presbytè re et comprend, au rez-de-chaussée, une cuisine planchéiée et plafonnée et un petit salon, une cave au-dessous et un grenier au-dessus ; un jardin entouré de murs, d'environ une quarte, en fait partie.
Pour sa-portion congrue, le curé jouit de toute la dîme de la paroisse, complétée par la somme de 350 livres versées par le Commandeur ; il dispose encore d'un pré en fondation et moyennant une messe chantée, d'un autre pré rapportant environ 4 quintaux de foin, à charge de trois messes basses et d'une messe chantée, et, enfin, d'un troisiè me pré, produisant environ 35 quintaux de foin, pour douze messes chantées; de plus, en raison de la maison qu'il occupe, du jardin contigu et d'une chè neviè re, le curé du Besth célè bre chaque année sept messes chantées et quatorze messes basses.

 

Malleret

Département: Creuse, Arrondissement: Aubusson, Canton: Auzances, Commune: Beissat - 23


Domus Hospitalis Malleret
Domus Hospitalis Malleret

Malleret, bourg de la province de La Marche, sénéchaussée de Guéret, diocè se de Limoges, généralité de Moulins, distant de Sainte-Anne de 19 lieues environ.

Les commissaires de Malte sont introduits dans l'église par le curé du lieu, Antoine Lacombe. Le tabernacle est doublé de soie ; il est doré, comme d'ailleurs, tout ce qui orne l'autel, consoles, gradins, statues, colonnes et exposition ; la custode — couverte d'un voile blanc — l'ostensoir, le calice et sa patè ne et le porte-Dieu sont en argent doré, la dorure du calice étant toutefois usée ; sur les gradins reposent un Christ, quatre chandeliers de bois doré et deux de cuivre ; deux rideaux d'indienne accrochés à une tringle revêtent le tabernacle (il s'agit du conopée, noté ici pour la premiè re fois) ; derriè re le tabernacle, se remarque un tableau de saint Jean-Baptiste sous cadre marbré ; l'autel, en pierre de taille, est pourvu d'un marbre sacré, de trois nappes, d'un tapis vert, des trois cartons de la messe et d'un missel sur pupitre ; une boiserie et un devant d'autel de cuivre doré dans un cadre marbré entourent l'autel, auquel on accè de par trois marches de pierre ; deux crédences en chêne, de part et d'autre de l'autel, renferment :
— la premiè re, une chape en satin à fleurs multicolores, cinq chasubles complè tes, un ciel de dais en soie et velours garni d'une frange de faux or, une bourse en soie pour le porte-Dieu, deux étoles pastorales (respectivement de satin violet d'un côté et de damas blanc de l'autre, et de satin blanc d'un côté et noir de l'autre, avec, toutes deux, une frange d'or faux).
— et la seconde, six nappes d'autel, une nappe de communion, trois aubes avec amicts et cordons, un surplis, deux rochets, quatre corporaux, huit manuterges et douze purificatoires.
Un buste de saint, en bois peint, surmontait chaque crédence.
On recensa encore une croix processionnelle, un bénitier portatif, un encensoir et sa navette et la lampe accrochée à la voûte du chœur, tout cela en cuivre.
Dans trois enfoncements ménagés dans les murs du sanctuaire, se trouvaient un petit crucifix en bois, un escabeau, tous les livres de chant, un nouveau rituel et son manuel.
La table de communion était en chêne, la clochette pour l'élévation en métal, et en fer blanc la lanterne pour accompagner le saint sacrement.
Le chœur était voûté, le sol pavé partie en moellons, partie en pierre de taille ; un trè s beau vitrail presque neuf, muni de barres de fer, l'éclairait ; ses murs venaient d'être blanchis ; sa charpente était en chêne et la couverture en paille.
La nef et ses deux chapelles collatérales avec autel (elles appartenaient à M. Desassis) étaient voûtées, blanchies et pavées de pierre de taille, sauf environ 4 toises qui l'étaient en moellons ; deux petites fenêtres vitrées dispensaient la lumiè re.
A gauche de la porte d'entrée étaient installés les fonts baptismaux, en pierre de taille, avec couvercle de bois et bassin de cuivre, boîtes d'étain pour les saintes huiles et deux coquilles ; à droite, était placé un bénitier en pierre et vis-à-vis, un banc appartenant, croyait-on, à la fabrique, prè s duquel était accroché un tronc de bois pour le luminaire.
Comme celle du chœur, la charpente de la nef était en chêne et la couverture en paille, les murs et arcs-boutants extérieurs en pierre et gros moellons crépis, les joints en mortier de chaux et sable.
A 10 toises de l'église s'étendait le cimetiè re entouré de murs, avec une croix de pierre au centre.
Un presbytè re neuf, couvert en paille, était construit à 3 ou 4 toises de l'église ; il comportait deux chambres (l'une à feu) au rez-de-chaussée, planchéiées et plafonnées, une cuisine pavée, une cave voûtée et une écurie, le tout, éclairé par des fenêtres vitrées ; au-dessus était un grenier ; deux appentis servaient de toit à cochons et de bûcher ; une cour, fort étroite, avec puits, et un jardin de 4 carreaux, clos d'une muraille et séparée de la cour par une claire-voie, formaient dépendances.
Outre sa portion congrue de 550 livres, le curé jouissait d'un autre jardin d'une boisselée, d'un pré donnant une charretée de foin, d'une chè neviè re de 2 boisselées, et, en vertu d'une fondation, d'un second pré produisant trois charretées de foin ; s'y ajoutaient 15 livres d'obit affectées sur la chapelle du château de Gallemeau dédiée à sainte Anne, et environ 30 autres livres dues, à titre d'obit et de fondation, par la maison de Ségonzat.
Les registres paroissiaux étaient bien tenus.
Le domaine de Malleret, en exécution d'un décret de l'Ordre dûment homologué, avait été remis en emphytéose par le commandeur de Dolomieu, à Desassis pour vingt-neuf ans, moyennant la redevance annuelle de 335 livres ; bâtiments et fonds furent trouvés en bon état.
On appela au château de Gallemeau, François-Charles et François Brugè re, laboureurs du Besth, Barthélemy Desenard (?) et Annet Derets, de Malleret, tous quatre âgés de plus de vingt-cinq ans, qui, serment prêté, déclarè rent qu'à défaut du commandeur de Dolomieu, ils connaissaient son fondé de pouvoirs Lacoste, « homme rempli de probité, s'occupant sans cesse des intérêts de l'Ordre » ; que les curés du Besth et de Malleret desservaient leurs paroisses avec zè le ; que le fermier Desassis jouissait d'une bonne réputation et était incapable de s'approprier des biens de l'Ordre ; et que les officiers rendaient la justice sans partialité.

 

Le Naberon


Domus Hospitalis Naberon
Domus Hospitalis Naberon

— Le « membre » du Naberon comprenait des biens sur les territoires de Salesse et de Monteil-Guillaume.
1. — Le bourg de Salesse, en Marche, diocè se de Limoges, sénéchaussée de Guéret, ressort du Parlement de Paris et généralité de Moulins, se situe à quelques 22 lieues de Sainte-Anne.
En l'absence du curé Lacombe, le neveu de celui-ci, Guillaume Lacombe, introduit les visiteurs dans l'église ; le chanoine Benassis de La Pléoux ouvre le tabernacle : s'y trouvent une custode d'argent garnie d'un voile, un porte-Dieu en argent avec bourse et voile, un calice et sa patè ne en argent doré ; le tabernacle, les consoles, le gradin et les statues sont en bois peint, les moulures dorées, ainsi que l'exposition, ornée, en son milieu, d'une image dorée de la sainte Vierge ; six chandeliers (quatre en cuivre et deux en bois peint) sont posés sur le gradin ; derriè re le retable, un grand tableau sans cadre est protégé par deux rideaux d'indienne ; l'autel, en pierre, avec marbre sacré, est recouvert de trois nappes et d'un tapis d'indienne ; s'y trouvent les trois cartons de la messe et un missel diocésain sur pupitre ; un cadre de bois peint ceint un devant d'autel en cuivre doré ; on accè de à l'autel par deux marches de chêne ; un plancher, également en chêne, revêt le sol du chœur ; à droite et à gauche de l'autel se remarquent deux crédences, au-dessus desquelles un piédestal soutient, l'un une statue de la Sainte-Vierge, et l'autre de saint Jean-Baptiste, patron de la paroisse. Sur ces crédences, sont déposés un bénitier portatif en cuivre, un encensoir et sa navette aussi en cuivre, deux burettes en verre, une lanterne en fer blanc, une clochette, le nouveau rituel du diocè se et son manuel et les livres de chant ; dans l'une des crédences est pliée une nappe de communion.

Le sanctuaire est crépi et blanchi, et la voûte — d'où pend une lampe de cuivre — plafonnée sur soliveaux ; un vitrail lui dispense la lumiè re; trois bancs y sont disposés et une table de communion en chêne le sépare de la nef.
La sacristie, à gauche du chœur, est plafonnée, crépie, blanchie et éclairée par une petite fenêtre grillagée ; une commode en hêtre, sur laquelle s'étagent deux gradins où sont posés un ancien tabernacle et un crucifix en os sur bois, renferme, outre un cahier pour les messes de morts, sept chasubles complè tes (une en soie blanche et rouge, deux en camelot noir, deux en laine, une en camelot blanc et une en camelot violet), une boîte en fer pour les hosties, dix purificatoires, dix manuterges, quatre nappes d'autel, deux corporaux, et un mauvais voile de soie pour l'exposition du Saint-Sacrement ; à un porte-manteau, sont accrochés trois aubes avec cordons et amicts, deux surplis et un rochet; sont, enfin, notés, une croix processionnelle en cuivre et un escabeau.

La nef, pourvue de deux portes, est pavée, blanchie et plafonnée sur soliveaux ; on y détaille les fonts baptismaux, un bénitier en pierre, un confessionnal, un autel sans retable appartenant aux paroissiens, un dais et un drapeau de soie. Un pinacle abrite deux cloches.
La charpente de l'église est en chêne, la couverture en tuiles plates, les murs extérieurs crépis.
Le cimetiè re, entouré de murs et orné, en son milieu, d'une croix de pierre, confine à l'église.
Le presbytè re, à 3 toises de l'église, est couvert à paille ; il comporte, au rez-de-chaussée, un petit cabinet, une cuisine, une écurie et une cave, et, au-dessus, un grenier ; une étable, un toit à cochons, un poulailler, une cour et un jardin le complè tent.
Les revenus de la cure consistent en toutes les dîmes de la paroisse, la jouissance du jardin et d'une chè neviè re qui y a été englobée ; s'y ajoutent, à titre de fondation, un pré appelé « de la Cour », de
2 journaux, un autre pré dit « La Petite Vigne », d'un demi-journal, 13 livres 10 sols en numéraire et 15 livres dues par le seigneur de Flayat pour l'entretien de la lampe.
Les registres paroissiaux, communiqués par le neveu du curé, sont reconnus « en rè gle ».
On parcourt ensuite les six parcelles du domaine désignées plus haut.
Toutes sont cultivées en « bon pè re de famille ». Enfin, deux laboureurs de Salesse, Léonard Lorbet et Léonard L'Héritier, viennent affirmer que le curé Lacombe est un « digne prêtre desservant trè s bien sa paroisse ».

 

Salesse

Département: Creuse, Arrondissement: Aubusson, Canton: Auzances, Commune: Crocq - 23


Domus Hospitalis Salesse
Domus Hospitalis Salesse

2. — De Salesse, les visiteurs se transportent au bourg de Monteil-Guillaume : le curé Michel Cornudet les accueille dans l'église.
Le tabernacle, doublé en soie et doré en plein (ainsi, d'ailleurs, que les consoles, gradins, colonnes et exposition de l'autel), renferme un ciboire d'argent voilé de soie, un porte-Dieu avec bourse et voile, un « soleil » en cuivre et un calice et sa patè ne en argent doré ; trois nappes et un tapis recouvrent l'autel en pierre de taille, entouré d'une boiserie avec devant d'autel en bois doré; sur les gradins sont posés six chandeliers (quatre en cuivre et deux en bois), un crucifix en cuivre ; au-dessus de l'exposition, un tableau dans un cadre marbré représente Notre-Dame du Rosaire; deux rideaux d'indienne protè gent ce tableau et le tabernacle; plus haut, un ciel en bois peint ajoute à l'ornementation ; on atteint l'autel par un marchepied en chêne.

Une crédence à deux gradins contient sept chasubles et leurs accessoires, sept nappes d'autel, sept corporaux, douze manuterges, douze purificatoires, une garniture de dais en soie et coton, deux aubes et trois surplis ; dans une seconde crédence, on inventorie tous les livres de chant, le nouveau rituel diocésain et son manuel, une chape de camelot rouge et blanc achetée par les paroissiens, un encensoir et sa navette en cuivre, une croix processionnelle également en cuivre, une clochette et une lanterne en fer blanc.

Un mauvais drapeau en soie blanche est relégué dans un coin du chœur, au milieu duquel est suspendue une lampe de cuivre, munie d'un verre.
Une stalle de bois, un pupitre et un banc meublent le chœur, qu'éclaire un vitrail grillagé, avec contrevent ; la table de communion est en chêne, le sol en pierre de taille, la voûte plafonnée sur poutres, les murs blanchis.
Deux petits vitraux et l'imposte de la porte d'entrée éclairent la nef pavée en pierres de taille et enrichie de deux autels appartenant aux paroissiens ; les fonts baptismaux sont creusés dans l'épaisseur du mur ; on note encore deux bénitiers dans les murs collatéraux, un confessionnal à gauche de la porte, et une échelle volante à droite.
Les murs, en pierres brutes et taillées à l'extérieur, sont blanchis à l'intérieur ; le plafond planchéié sur poutres est « dans le plus mauvais état » ; la charpente du chœur et de la nef est en chêne, la couverture en paille ; deux cloches pendent dans un pinacle.
Le cimetiè re est contigu à l'église ; des murs l'enserrent et une croix de bois est érigée en son milieu.
Le presbytè re se trouve « à une portée de fusil » de l'église ; couvert, lui aussi, à paille, il se compose d'un simple rez-de-chaussée divisé en une écurie, une cuisine avec cheminée et four et une petite chambre ; à côté, s'étend un jardin d'environ une boisselée.
Le curé reçoit du Commandeur la portion congrue légale, et, en plus du jardin, bénéficie d'une fondation consistant en un pré de la valeur de deux charrées de foin ; les registres sont en ordre ; la paroisse ne possè de aucun fond de fabrique et il n'existe pas de syndic fabricien.
Les nommés Léger Florant et Jean Bourdevionnet, « personnes honnêtes du bourg de Monteil-Guillaume », témoignent de la conduite irréprochable de leur curé.

 

Commanderie de Blavepeyre

Département: Creuse, Arrondissement: Aubusson, Canton: Auzances, Commune: Bussiè re-Nouvelle - 23


Domus Hospitalis Blavepeyre
Domus Hospitalis Blavepeyre

— La derniè re église visitée est celle de Blavepeyre, où les gens de Malte sont introduits par le curé Jean-Baptiste Crozat, qui, d'abord, donne la bénédiction.
Le tabernacle est doublé de soie, doré et peint, tout comme l'exposition, protégée par deux rideaux d'indienne, et les gradins de l'autel, sur lesquels reposent six chandeliers (deux en bois doré, deux en bois argenté et deux en cuivre) ; un tableau de saint Jean-Baptiste, patron de l'église, surmonte l'autel ; le tabernacle renferme un ostensoir, un ciboire, un porte-Dieu, un calice et sa patè ne, tout cela en argent doré.

L'autel, en pierre de taille, couvert d'une boiserie et d'un mauvais parement d'indienne, est pourvu de son marbre sacré, de ses nappes, d'un tapis, des cartons liturgiques, d'un pupitre et d'un missel ; le sous-pied est revêtu de chêne ; de chaque côté des gradins se remarquent deux niches, avec dans l'une, la statue de la Sainte-Vierge, et dans l'autre, celle de saint Jean-Baptiste.
Une commode, côté de l'évangile, contient six chasubles complè tes, deux corporaux, six purificatoires, six manuterges, un surplis neuf, un rochet, trois aubes, deux amicots ( ?), deux cordons, deux nappes d'autel, deux nappes de communion, un rituel nouveau et son manuel, les livres de chant, un encensoir et sa navette, un bénitier portatif, une croix de procession, une clochette, une lanterne, deux burettes d'étain, une soucoupe en faïence.

Le chœur est éclairé par un vitrail à barreaux de fer, ses murs sont blanchis, le sol empierré, la voûte plafonnée ; s'y remarquent une banniè re en toile sur laquelle est peinte l'image de saint Jean-Baptiste, un pupitre, un chandelier pour le cierge pascal, une lampe d'étain avec verre et chaînons et la table de communion en chêne.

La nef est pavée, blanchie et percée de deux vitraux, la voûte plafonnée ; s'y trouvent un confessionnal, un banc, un bénitier prè s de la porte d'entrée et les fonts baptismaux ; une cloche est suspendue dans le pinacle ; les murs extérieurs, la charpente, la couverture en tuiles plates sont en bon état ; le cimetiè re, sans clôture, joint l'église ; une croix de pierre se dresse en son milieu.

Le presbytè re, à 15 toises de l'église, est couvert en paille ; il comporte une cave, deux chambres basses pavées, l'une pourvue d'un four, et un grenier ; en dépend un jardin entouré de murs.
Le curé tient ses registres en rè gle ; il reçoit la portion congrue normale, mais sans obit, ni fondation ni fond de fabrique.
Le « membre » de Blavepeyre ne possè de aucun bien-fonds.
Le commandeur de Dolomieu, le curé Croizat et Lacoste ne méritent aucun reproche, déclarent Gilbert Chabrat et Pardoux Vigneux.

 

Château du Nabéron


Domus Hospitalis Nabéron
Domus Hospitalis Nabéron

— Les visiteurs se rendent alors au château du Nabéron, à une lieue de la ville de Crocq, en Marche, diocè se de Clermont, sénéchaussée de Guéret, ressort du Parlement de Paris, distant de Sainte-Anne d'environ 20 lieues.
Il s'agit d'une propriété composée d'un château, d'une chapelle, de communs et d'une cour ; les bâtiments et des murs la circonscrivent et un portail y donne accè s.

Le château — le mot paraît exagéré — se présente comme un bâtiment carré en assez bon état, couvert de tuiles plates ; on y pénè tre par un escalier à noyau ménagé dans une petite tour ; il comprend trois piè ces au rez-de-chaussée, trois piè ces au premier étage, trois piè ces au deuxiè me étage et galetas au-dessus ; la charpente est en chêne et l'extérieur des murs est bon ; les piè ces sont, les unes « terrées », les autres carrelées ; celles à main droite de l'escalier sont, toutefois, planchéiées à neuf en partie, le surplus devant l'être incessamment ; le plancher des piè ces supérieures s'est effondré sous la surcharge des grains accumulés par le fermier, et la remise en état coûtera « immensément » au Commandeur.

La chapelle, sous le vocable de Sainte-Anne, est, comme le château, couverte en tuiles plates ; son autel a un marbre sacré, les nappes liturgiques, un tapis de laine et un devant d'autel en satin rayé ; sur deux gradins sont placés deux chandeliers, un crucifix, un tableau de sainte Anne dans un cadre de bois ; deux pierres saillantes dans le mur du chœur, du côté de l'autel, servent de socle à deux statues, l'une de la Sainte Vierge, et l'autre de sainte Anne ; une crédence renferme une chasuble de lustrine, avec galon de soie, et ses accessoires, une aube, un amict, un cordon, un corporal, une pale, deux manuterges, un missel et son coussin et deux burettes d'étain ; le sol est pavé et la voûte lambrissée ; un vitrail éclaire l'édifice dont la porte se ferme à clef ; le curé de Monteil-Guillaume célè bre là douze messes chaque année, moyennant une rétribution de 12 livres ; il n'existe aucune fondation.
Attenant à la chapelle, un bâtiment sert d'écurie et de grange à fourrages.
A quelques toises au-delà de la cour, s'élè ve un autre bâtiment couvert à paille, à usage, lui aussi, de grange et d'écurie.
Du Nabéron, dépendaient encore les parcelles et le petit moulin énumérés plus haut (visite de 1784).
Le commandeur jouit des mêmes droits honorifiques et perçoit les mêmes dîmes qu'en 1784 ; les cens et rentes en nature et en espè ces n'ont pas varié non plus.
Les baux contractés en 1781 sont toujours en vigueur et les fermages s'élè vent encore à la somme annuelle de 8.173 livres.
Les portions congrues versées par les fermiers, en sus de leur fermage, aux curés, représentaient, comme en 1784, la somme de 1.362 livres ; depuis la derniè re déclaration royale, le commandeur fait payer aux fermiers, en déduction de leurs fermages, la somme de 1.200 livres, de sorte que le produit de ces fermages est réduit à la somme nette de 6.973 livres, diminuée du coût des réparations des bâtiments et du chœur des églises, des frais d'entretien des sacristies, qui « sont un objet trè s considérable » et, enfin, des charges de l'Ordre connues du seul commandeur, qui les acquitte lui-même, ainsi qu'on l'a dit plus haut.
Tous les procè s en cours étaient terminés.
La visite détermina quelques ordonnances, dont voici les principales :
— remettre les carreaux du vitrail derriè re l'autel et un verre à la lampe du sanctuaire, dans l'église de Sainte-Anne, et veiller à ce que les paroissiens fassent crépir les murs extérieurs de la nef et réparer la partie du côté du cimetiè re.
— réparer le portail de la cour du château du Nabéron et fournir deux chandeliers de cuivre pour la chapelle.
— fournir quelques objets cultuels manquants et effectuer quelques réparations dans l'église de Blavepeyre et munir d'un cadenas les fonts baptismaux.
— procurer un cahier pour les messes des morts à Monteil-Guillaume, à Blavepeyre et au Besth, ainsi qu'une étole pastorale au Besth et à Salesse.
— faire relier le missel et les livres de chant de Salesse.

 

La Révolution

En juillet et en octobre 1790, deux décrets autorisè rent, puis imposè rent la vente des biens ecclésiastiques ; les biens des ordres militaires, donc ceux de l'Ordre de Malte, furent compris dans les ventes à effectuer par les décrets du 17 mars et du 10 septembre 1792.

Mais déjà, par un décret du 18 juin 1790, l'Assemblée nationale avait prescrit (art. 8) une déclaration des revenus.
Les biens de la, Commanderie de Sainte-Anne, se trouvaient alors situés, semble-t-il, sur le territoire des nouvelles municipalités de Saint-Priest, La Croisille, Neuvic, Salesse, Saint-Aignant, Saint-Martial-le-Vieux, Flayat, Saint-Oradour-de-Chirouze, Feyt, Saint-Merd-la-Breuille, Beissat, Eygurande, Le Besth, Saint-Maurice, Saint-Georges, Nigremont, Monteil-Guillaume.
Il s'agissait de savoir ce que le commandeur y percevait.

Le 12 août 1790, étienne Garton, curé de Sainte-Anne, agissant pour le commandeur de Dolomieu, déclare que les biens dépendant de la municipalité de La Croisille consistent en rentes estimées (art. 415 du rôle de 1790) à. 440 livres desquelles il fallait déduire les réparations et les fournitures à la nef de l'église, au presbytè re et au cimetiè re, incombant au commandeur au prorata de son revenu.
Le 14 août 1790, le même curé chiffre à 75 livres les dîmes et à 30 sols les rentes de Neuvic, et, le 15 août, à 124 livres 12 sols, les dîmes et rentes de Saint-Priest.
Aux termes des déclarations faites par Jean Joseph Desassis, fermier de la commanderie, les 15, 16 et 17 août 1790, les revenus sont :
— à Salesse, de 709 livres 35 sols 6 deniers, les charges locales à déduire s'élevant à 72 livres.
— à Saint-Aignant (membre de Malleret), de 60 livres 43 sols.
— à Saint-Martial-le-Vieux (membre du Malleret), de 43 livres 8 sols.
— à Saint-Oradour-de-Chirouze (membre du Malleret), de 7 livres 10 sols.
— à Feyt, de 18 livres 20 sols.
— à Saint-Merd-la-Breuille, de 34 livres 17 sols 10 deniers.
— au Besth et Eygurande, de 612 livres 42 sols, les charges s'élevant à 72 livres, et la portion congrue du curé, le pain, le vin et le luminaire - incombant aussi au commandeur - à 575 livres.
— à Beissat, de 11 livres 2 sols.
— à Flayat, de 40 livres 22 sols 8 deniers.

Les autres déclarations sont souscrites par Arnaud Cherbouquet, autre fermier de la commanderie, les 14,15 et 16 août ; le commandeur perçoit :
— à Saint-Maurice, 910 livres 6 deniers.
— à Saint-Georges-Nigremont, 233 livres 8 sols, 8 deniers.
— à Saint-Agnant, 422 livres 5 sols 10 deniers.
— à Monteil-Guillaume (membre du Nabéron), 1.635 livres 9 sols 1 denier, les charges à défalquer (portion congrue du curé, réparations, fournitures, pain, vin et luminaire) se montant à 751 livres.
Le commandeur versait à Malte, au titre des « responsions », le sixiè me du montant net de ses revenus.
La perte de sa commanderie consommée, Déodat de Dolomieu, devenu le citoyen Dolomieu, traversa la Révolution sans autre dommage, malgré que ses frè res eussent émigré et que sa mè re et ses sœurs eussent été emprisonnées ; comme Sieyè s « il vécut » ; nommé professeur aux écoles centrales créées par la Convention, il accompagna, en 1799, Bonaparte en Egypte ; accusé à tort d'avoir livré Malte aux Français, il fut arrêté au cours de son retour en France et subit, dans les geôles de Messine, une dure captivité dont la victoire de Marengo le délivra, mais, épuisé, il mourut peu aprè s, on l'a dit ; son cœur repose dans le tombeau familial au cimetiè re de Dolomieu, son village natal, où son souvenir n'est pas perdu.
Sources. — Archives départementales Rhône : Ordre de Malte (Langue d'Auvergne) 48 H n° 2563 et 2564, H 685.
Sources: Par Joannè s Chétail. Actes du quatre-vingt-dixiè me Congrè s national des sociétés savantes, Nice, 1965, Section d'histoire moderne et contemporaine. Tome 1, page 159. Paris 1966. - Bnf