Commanderie de Bourganeuf

Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Bourganeuf - 23


Commanderie de Bourganeuf
Commanderie de Bourganeuf

Bourganeuf fut, pendant plusieurs siècles, le chef-lieu de la langue d'Auvergne et c'est là que résidaient ou que devaient résider les grands prieurs. Son château, que le temps a respecté en partie, rappelle donc les noms des plus illustres membres de l'ordre. Qu'il suffise de citer les grands maîtres Jean de Lastic, Jacques de Milly, Pierre d'Aubusson et Guy de Blanchefort, qui furent d'abord grands prieurs d'Auvergne.

Je voudrais pouvoir remonter dans le passé de chaque commanderie ; mais c'est surtout lorsqu'il s'agit d'un établissement de cette importance, que je regrette de ne pouvoir entrer dans les détails de son histoire. M. Duval, ancien archiviste de la Creuse, rapporte, dans ses Esquisses marchoises, que le prieuré de Bourganeuf doit sa fondation aux Templiers. « Les chevaliers de cet ordre, dit-il, possédaient une douzaine de commanderies dans la Creuse. Peu à peu, autour du prieuré et à l'abri de l'enceinte fortifiée bâtie par les chevaliers, des maisons se groupèrent, un bourg se forma et son nom fut Bourguet-Neuf, — Burguet-Nou, — Burgum-Novum. » Les origines de la ville de Bourganeuf se rattachent donc étroitement à celles de cette maison du Temple, devenue plus tard, c'est-à-dire vers 1313, une maison de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

M. Niepce (1) a essayé de déterminer l'époque où fut créé le grand prieuré d'Auvergne et où les grands prieurs fixèrent leur résidence à Bourganeuf. Il déclare n'avoir rien rencontré de précis sur ces deux points. On sait que les grands prieurs habitèrent d'abord la commanderie de Lureuil, dans le département de l'Indre, mais on ignore le temps où ils abandonnèrent ce lieu pour Bourganeuf et les motifs qui déterminèrent ce changement.
1. Le grand prieuré d'Auvergne, Lyon, 1883, page 93.

Le château de Bourganeuf ne rappelle pas seulement les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ; il évoque aussi le souvenir d'un prince de l'origine la plus illustre, qui eut sa grosse tour pour prison. Cette tour porte le nom de son prisonnier on la nomme la tour de Zizim, ou de Zizimi, et celui-ci, appelé également Djem, fut une victime de la politique de Pierre d'Aubusson.
C'était un fils de Mahomet II, le terrible vainqueur de Constantinople. A la mort de son père, il avait tenté de disputer le pouvoir à son frère Bajazet, et à la suite de divers échecs, il était venu, en 1482, se jeter dans les bras du grand maître de Rhodes. Pierre d'Aubusson l'accueillit avec empressement. Zizim en son pouvoir, il tenait Bajazet par la crainte continuelle de nouvelles guerres civiles aussi obtint-il pour résultats immédiats un traité avec le sultan où il était stipulé, en particulier, que celui-ci payerait à l'ordre, chaque année, une pension de quarante-cinq mille ducats vénitiens pour l'entretien de son frère.

La personne du pauvre prince devenait infiniment précieuse. Il importait dès lors qu'il fût « gardé surement, dit Baudoin, pour toujours contenir Bajazet, qui n'oseroit rien entreprendre contre les chrestiens pendant qu'ils auroient Zizim en leur pouvoir (2), » et surtout pour ne pas tarir une source aussi importante de revenus. Il cessa dès lors d'être libre, fut amené en France et présenté à Louis XI, qui l'accueillit assez froidement, puis conduit « à Bourganeuf, en Auvergne, où il fut traité toujours magnifiquement, et toujours néanmoins gardé soigneusement, de crainte qu'on entreprist sur sa vie et ne se voulust evader, dont on avoit remarqué quelques indices, ce que toutesfois il n'essaya point. »
2. Histoire de Malte, Paris, Joly et Byllaine, in-folio, page 183.

On accusa avec quelque raison, c'est du moins mon avis, le grand maître d'Aubusson d'avoir trahi la confiance de ce malheureux. Il est vrai que Baudoin prétend que cette façon d'agir avait pour but l'intérêt général de la chrétienté et même l'intérêt privé de Zizim. Il affirme même que l'ordre dépensait en entier les quarante-cinq mille ducats de Bajazet pour « l'entretennement du prisonnier et pour ses affaires, et qu'il y mettoitencore du sien, » ce qui est peu croyable (3).
3. Histoire de Malte, Paris, Joly et Byllaine, in-folio, page 183.

La garde de Zizim avait été confiée à Guy de Blanchefort, neveu de Pierre d'Aubusson et grand prieur d'Auvergne, qui s'acquitta fort bien de ce soin pendant six ans, c'est-à-dire jusqu'en 1489, époque où, par ordre d'Innocent VIII, le prince fut tiré de Bourganeuf pour être conduit à Rome. Il était alors question, paraît-il, de former une alliance entre le Saint-Siège et le soudan d'Egypte contre Bajazet. Il semble que le pape ait voulu éblouir le frère du grand ennemi de la chrétienté par l'étalage de la pompe pontificale. Douze mille cavaliers richement vêtus allèrent au-devant de lui ; Innocent VIII le reçut en plein consistoire et lui offrit son pied à baiser, chose qu'il fit « contre son gré et avec un certain dédain. » D'ailleurs, il n'avait fait qu'échanger sa prison de Bourganeuf contre celle du château Saint-Ange, où il resta jusqu'au jour où Charles VIII vint l'en tirer avec l'intention de l'utiliser dans la guerre qu'il se proposait d'entreprendre contre le Turc. Le pape s'en était dessaisi avec regret quelques historiens ont prétendu qu'il le fit empoisonner, car il mourut à Capoue, « d'un flux de ventre, » peu de jours après sa délivrance, en 1495.

La ville de Bourganeuf reçut du grand maître Jacques de Milly, qui était grand prieur d'Auvergne en mai 1449, des franchises communales qui portent cette date (4). La communauté des prêtres chargés de desservir son église, d'un autre côté, fut fondée par le grand maître d'Aubusson et par Guy de Blanchefort, comme on peut le constater par un important document inséré à la fin de ce travail. L'histoire de ce chef-lieu d'arrondissement de la Creuse est donc unie d'une façon bien intime à celle de sa commanderie de Saint-Jean de Jérusalem.
4. Ordonnance des rois de France, tome XIV, pages 55-58. La ville est appelée dans cette charte la ville neuve de Bourganeuf ; sa ceinture de murailles, alors, était encore incomplète, car les habitants s'engagent, en retour de la concession qui leur est faite, à la terminer. Je vais émettre une hypothèse sur laquelle d'ailleurs je me garderai bien d'insister. Ne serait-ce pas sous l'administration de Jacques de Milly et sous celle de Jean de Lastic, qui l'avait précédé comme grand prieur, que la ville de Bourganeuf se développa ? Il est bon de faire remarquer qu'une des tours du château de la commanderie se nommait la tour de Lastic, ce qui permet de supposer que cette tour et le château lui-même furent construits par Jean de Lastic. On peut croire également que le transfert du chef-lieu de la langue d'Auvergne à Bourganeuf remonte au gouvernement de l'un de ces prieurs ; grand maître d'Aubusson et par Guy de Blanchefort, comme on peut le constater par un important document inséré à la fin de ce travail (5). L'histoire de ce chef-lieu d'arrondissement de la Creuse est donc unie d'une façon bien intime à celle de sa commanderie de Saint-Jean de Jérusalem.
5. Documents, pièce 1.


La commanderie de Bourganeuf, abstraction faite de sa qualité de chef de la langue, est de beaucoup la plus considérable de celles dont j'aurai à m'occuper ici. Ses possessions territoriales étaient immenses, et, en dehors de la série des membres qui lui étaient rattachés, elle comprenait de nombreuses annexes groupées autour de la ville et qui en faisaient le centre d'une vaste seigneurie.

« Elle consiste, dit le procès-verbal de la visite de 1617, en une ville fermée de murailles, esglize parrochialle, chasteau et subjectz sur laquelle ville, chasteau et subjectz les sieurs reverands grands prieurs sont seigneurs spirituels et temporels, seigneurs generaux, justiciers generaux, dixmiers et fonciers et de laquelle susdite esglize parrochialle de Saint-Jehan les susdits reverands grands prieurs sont les prieurs et curés primitifz, vrais collateurs de la cure, appellée paternité de ladite esglize, qui ne peult estre possedée sinon que par ung relligieux prebtre conventuel ou d'obedience, pourtant croix et ayant faict protection dudit ordre. Consiste aussy ladite esglize en une communaulté de prebtres natifz et régénérés de ladite ville de Bourganeufz, fondée par feu et illustrissime grand maistre dudit ordre de Roddes nommée Guy de Blancheffort, avecq obligation de faire faire le service divin dans ladite esglize, chanter tous les jours les heures canonicales en icelles, sçavoir matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, vespres, complies et une grand messe. Consiste aussy en fours, moulins bannaux, prés, bois mesteries, estans et sept ou huict autres esglizes parrochialles ou chapelles annexes et deppendantes dudit chef de Bourganeuf, lesquelles annexes sont les esglizes de Mourteyros, Bosmoreau, Bonneville, Montboussier, Mazuras et Faux ; et es mesteries dudit Morteyros, Cheuz-Garrat, Bosdeville, Bosmoreau, Bonneville, Desmartie, de Mas-Brunet et Jartaud ; et en autres membres, sçavoir de Mourtesagne, Arsouze, Donzenac, Plainartige, Relliac et Meillaguet. » Tous ces articles seront successivement passés en revue.

 

Eglise et communauté des prêtres
L'église Saint-Jean de Bourganeuf avait vingt cannes de long, c'est-à-dire cent trente pieds (6), sur cinq cannes de large. Elle était complètement voûtée et le chœur, qui était meublé de stalles, était séparé de la nef par une grille de fer. Une grande fenêtre, ouverte derrière le maître autel, était garnie de vitraux où se voyaient les « images du crucifix, Nostre-Dame, saint Jehan et autres, avec les armes de la religion et des feuz grands maistres les sieurs d'Aubusson et Blancheffort. »
6. La canne de Malte avait 6 pieds, 5 pouces et 5 lignes.

L'autel était orné d'un « devant » ou retable de bois recouvert « de cuivre esmalhé, où sont représentés les ymages du crucifix et la vie de Nostre-Dame, » et d'un parement de même genre offrant « les images de Nostre-Dame et de la vie de Nostre-Seigneur. »
Le clocher renfermait cinq cloches, deux grosses et trois moyenne ; une sixième était placée au-dessus de la porte d'entrée, et là se trouvait aussi une horloge. Les grands prieurs avaient fait élever pour leur usage, au fond de la nef, une tribune communiquant avec le château. Ils avaient, en outre, dans le chœur, un petit oratoire.

A côté du grand autel, dans la muraille, se voyait le tombeau d'une sœur de Guy de Blanchefort. Deux chapelles s'ouvraient sur la nef. L'une, dédiée à Notre-Dame, appartenait à la famille d'Aubusson, et l'autre, placée sous le vocable de la Visitation, dépendait des Forest. Une troisième, « dédiée soubz le tiltre Sainte-Marie-Magdellayne, » s'élevait « à costé de l'esglize. »

L'inventaire des reliquaires et autres objets servant au culte mérite d'être rapporté textuellement.
« Premièrement, dans ung armoire dans la muralhe, avons trouvé une double croix d'argent dans laquelle a une petite croix de bois de la sainte Croix, ou y a quelques pierreries. »

« Item, ung autre reliquaire de leton doré, où y a une partie du chef de saint Thomas de Canturbery, qui est une partie du cragne, depuis les yeux en hault. »
« Item, un reliquaire d'argent pour porter Nostre-Seigneur en procession, sans armoiries. »
« Item, ung aultre reliquaire d'argent en façon de main, avec pierres ; et y a dedans St-S.... escripteau de la main de sainte Anne, avec les armes du sieur grand maistre de Milly. »
« Item, ung autre image d'argent de la sainte Marie-Magdellaine, et deux petits images aussi d'argent, où y a des reliques: une dent de sainte Marie-Magdellaine et de la cotte saint Ligier. »
« Item, un reliquaire, le pied d'argent doré ; au-dessus a ung crucifix de jayde, et une Nostre-Dame, et une pierre d'agatte entre deux. »
« Plus ung autre reliquaire, en façon de pavillon, il pied de leton doré, où y a des reliques de saint Jehan-Baptiste, une partie du cerveau. »
« Item, ung autre reliquaire à pied de leton doré, à presant sans pied, par dessus un cristal, dans lequel a des reliques du sépulcre Nostre-Dame et de la couronne Nostre-Seigneur. »
« Item, ung aultre reliquaire, le pied de leton doré et la croix de dessus d'argent doré, avecq le crucifix d'ung costé et l'image Nostre-Dame d'autre costé ; et dedans y a quelques reliques sans escripteau. »
« Item, autre reliquaire de leton à pied, en façon de pavilhon. Au dedans a des reliques beaucoupt sans escripteaux. Neantmointz, suivant le vieux inventaire, y avoit antienement des reliques de sainte Catherine, saint Sebastien, saint Eutrope, saint Crespin, [St] Crespinien et plusieurs autres. »
« Plus, un autre reliquaire fait en façon d'ung bras de bois de saint Anthoine, dans lequel a des reliques de saint Anthoine, sans escripteau. »
« Item, ung image saint Jacques, d'allebastre. »
« Item, ung calice d'argent avecq sa pateine. »
« Item, ung autre calice d'argent doré avecq sa pateine. »
« Item, ung vas de leton à porter le saint sacre-ment aux mallades. »
« Item, deux grands croix couvertes de lames d'argent. »
« Item, autre reliquaire, le pied de cuivre doré, le dessus faict en forme de clocher ; au milieu a une piarre de cristal. »
« Item, autre reliquaire de leton, où y a des reliques dans du verre ; et au-dessus a des reliques, pour porter le saint sacrement. »
« Item, ung autre reliquaire de cuivre sans reliques. »
« Item, quatre chandelliers de cuivre. »
« Une clochette pour servir en procession. »
« Et pour les ornementz, avons trouvé des vieux tapis de Turquie tous rompus, tendus dans le cœur. »
« Au-dessus dudit grand autel, a les images saint Jehan-Baptiste, sainte Elisabet. »
« Item, trois livres de chantrerie, en parchemin. »
« Plus ung autre livre de papier servant à chanter, le tout à l'usage de Limoges. »
« Item, un crucifix de bois au milieu de ladite esglize. »
« Pour les ornemens, avons trouvé deux grandes chappes, une grande chezuble, deux courtebaux de veloux rouge brochés de filles d'or, avec les armoiries du feu sieur d'Aubusson. »
« Item, autre chezuble avecq deux courtebaux de veloux rouge. »
« Item, autre chezuble de veloux blanc et rouge, et deux courtebaux de mesme. »
« Item, une chappe de veloux blanc et rouge. »
« Item, une chappe, une chezuble avecq deux courtebaux de camellot de soye blanche fort uzée. »
« Item, une chappe de veloux usé, le bort garny de taffetas. »
« Item, une chezuble de taffetas rouge, figures de fleurs de lis d'or. »
« Plus ung drap pour couvrir ung image, tout rompu et deschiré, de taffetas jaulne. »
« Plus une chezuble de satin de Burges rouge usé. »
« Item, deux ensensoirs ; deux nappes. »

L'église de Bourganeuf était desservie par un curé, appelé pater, et par un certain nombre de prêtres formant une familiarité ou communauté séculière. On ne peut pas dire que cette communauté fut fondée de toutes pièces par Pierre d'Aubusson ; elle existait avant lui et je crois qu'il serait difficile de déterminer la date où les prêtres baptisés dans l'église Saint-Jean, filleuls de cette église, comme on disait alors, s'entendirent pour acquitter en commun des fondations et pour en partager le produit. On rencontre des associations de ce genre dans un grand nombre de localités du diocèse de Limoges, et il suffira de citer Tulle, où les églises paroissiales Saint-Julien et Saint-Pierre possédaient chacune leur communauté ouverte à tous les prêtres qui avaient reçu le baptême sur leurs fonts -baptismaux.

La communauté de Bourganeuf fut richement dotée par le grand maître d'Aubusson. Il fournit à ses membres de quoi vivre largement mais ne lui procura pas ce que j'appellerai une existence officielle. Elle était régie par des conventions privées que l'autorité ecclésiastique n'avait pas sanctionnées, et c'était d'ailleurs le cas de toutes les communautés de ce genre que j'ai rencontrées dans la région. Guy de Blanchefort lui donna, au mois de mai 1506, des statuts qu'il fit approuver par le légat apostolique Georges d'Amboise (7).
7. Document, pièce 1. - D'autres statuts développant les premiers furent approuvés plus tard par l'évêque de Limoges et publiés, en 1560, par l'official de Guérot.

Ces statuts n'imposent pas un nombre déterminé de membres ceux-ci étaient plus ou moins nombreux selon que le chiffre des ecclésiastiques natifs du lieu augmentait ou diminuait. Vivant dans leurs familles d'une vie facile, ces prêtres étaient bien souvent de mœurs un peu dissolues. Je pourrais citer plusieurs faits je me contente d'emprunter à une annexe du procès-verbal de la visite de 1617 le récit d'une cérémonie burlesque dont les commandeurs Jean de Marlat et Anne de Naberat furent témoins. Ces deux personnages, lorsqu'ils passèrent à Bourganeuf, étaient descendus dans la maison de Jean Ladrat, greffier de la justice seigneuriale. Le jour de leur arrivée, à l'heure du souper, ils virent venir « quelque nombre de presbtres de l'église parrochialle de Sainct-Jean.... et autres, lesquelz, accompagnez d'un certain joeur de fleutte et petit tambour, estans entrés dans leur chambre en habit secullier, dansant tout alentour de la table avec gestes scandaleuzes et indecantes, à la façon des baccanalles », mirent sur cette table une grande écuelle de bois remplie de vin et se moquèrent des visiteurs et de l'ordre. » C'était, parait-il, chez ces prêtres une coutume établie d'accueillir de cette façon les dignitaires ecclésiastiques qui s'arrêtaient dans la ville. L'évêque de Limoges avait été reçu quelque temps auparavant avec « mesmes scandalles et encores plus grandes folies.... et mespris de la dignité episcopalles. » Celui-ci trouva le procédé charmant (8) mais les deux commandeurs pensèrent qu'il importait de réprimer « rigoureusement » de tels abus « et vices scandalleux accoustumez il y a longtemps, disent-ils, en nostre communaulté et eglize dudit Bourganeuf à cause de l'impunité, ou plus tost de la trop longue absence des sieurs reverandz grands prieurs d'Auvergne de leur dite maison prioralle. » Ils chargèrent le juge de Bourganeuf d'informer « dilligemment et secrettement contre lesd. prebtres societtaires, voire mesmes contre le propre curé ou pater et ses viquaires, qui tomberont à l'advenir en telles miseres, follies et scandalles, yvrogneries et desboches ou danses publiques, et qui joueront aux quartes et dés, seront concubinaires, batteurs, injurieront les autres societtaires et personnes seculieres. »
8. Aux réprimandes des visiteurs, ces prêtres facétieux avaient répondu « que leur supperieur, le sieur reverand evesque de Limoges, leur auroit commande et permis de faire de telles follies et baccannales. »

Le pater ou curé était institué par le grand prieur ; il présidait les assemblées de la communauté, choisissait son vicaire, percevait toutes les offrandes et prétendait à une double prébende.

 

Château et officiers de la seigneurie
Le château de Bourganeuf se composait de deux parties bien distinctes le château proprement dit et la tour de Zizim. La première, restaurée dans le cours du XVIIIe siècle et largement transformée depuis, sert aujourd'hui d'hôtel de ville et de presbytère. Elle comprenait une grosse tour carrée, formant corps de logis, qui était flanquée d'une petite tour ronde renfermant l'escalier, et une grosse tour ronde, appelée la tour de Lastic. Elle était précédée de deux basses-cours et on y arrivait en passant par un grand portail de pierre de taille percé dans une « grande muralhe espesse, marchicohzée des deux costés, avecq ses barbecanes et multrieres. » Cette muraille allait de la tour de Lastic aux fausses braies de la tour de Zizim et servait à supporter une galerie. La visite de 1617 montre que ces bâtiments n'étaient plus entretenus depuis longtemps et qu'ils avaient cessé d'être habités d'une façon régulière.

La tour de Zizim était dans le même état. C'était une énorme construction de forme ronde, comprenant six étages superposés et un « galetas marchicolizé », garni de « parapiedz, multrières et barbecanes tout alentour. » On ne pouvait y pénétrer qu'en passant par galerie établie sur la crête du mur de clôture, à plusieurs mètres au-dessus du sol, et communiquant avec la tour de Lastic. Au rez-de-chaussée, était une cave renfermant un puits. Les murailles étaient assez épaisses pour dissimuler un bel escalier à vis conduisant jusqu'à la plate-forme tous les étages étaient voûtés. Il parait qu'à l'époque où Zizim y fut enfermé, le premier était occupé par les cuisines, le second, par les serviteurs, le troisième et le quatrième, par les chevaliers chargés de veiller sur le prisonnier, et les deux derniers, par ce malheureux. Toutes les précautions imaginables avaient été prises pour empêcher une évasion. Non content de placer l'unique entrée de cette tour à une hauteur de plus de dix mètres, le constructeur l'avait encore enveloppée dans une forte chemise de murailles et dans un double fossé.

C'est en 1484, par Guy de Blanchefort et uniquement pour Zizim qu'elle fut élevée, comme on le voit par l'inscription suivante placée au-dessus de la porte du chœur de l'église de Bourganeuf :
EN L'AN MCCCCLXXXIII FVT
FETE LA GROSSE TOVR DE BOVRGVE
NEVF ET TOVT LE BATIMENT LES
VERRINES DE CETTE EGLISE LE TREIL
LONS DE FER ET FONDEE VNE MESSE CHVN
JOVR VESPRES ET COMPLIES AUX PB
RES DE LA COMVNAUTE DE LA DICTE
EGLISE PAR REVEREND RELIGIEVX
FRERE GVY DE BLANCHEFORT GRAT
PRIEVR DAVVERGNE COMANDEVR
DE CHYPRE DE BOURGVENEVF DE
MORTOLS SENECHAL DE RHODES
ET NEPVEV DE TRES REVEREND ET
MON TRES DOVPTE SEIGNEVR MONSS
FRERE PIERRE D'AUBUSSON TRES
DIGNE GRAND MAITRE DE RHODES
DE L'ORDRE SAINT JEHAN DE IHRLM
(Texier, Recueil des inscriptions du Limousin, page 265 ; Niepce, Le grand prieuré d'Auvergne, page 289).

Autour du château et sur les flancs de l'enceinte, s'élevaient divers bâtiments dont un était occupé par le four banal. Au-dessous, était un étang qui a été comblé et dont l'emplacement sert aujourd'hui de champ de foire.
J'ai pensé que cette description sommaire serait avantageusement complétée par la reproduction d'une « vue en perspective du château et de l'église paroissiale de la commanderie de Bourganeuf, » dressée en 1742, par le sieur Desmarty, et dont l'original appartient aux archives du Rhône.

Située sur les confins du Limousin, de la Marche et du Poitou, cette place eut une assez grande importance pendant les troubles qui remplirent la dernière moitié du XVIe siècle et le commencement du XVIIe. Elle était confiée à la garde d'un capitaine nommé par le grand prieur et payé par lui. En 1617, cette charge de capitaine était remplie depuis plus de vingt-cinq ans par le sieur de Desse-Aubusson, seigneur de la Brugière et de Saint-Priest, dont les gages étaient fixés à trente livres, trente setiers de seigle et trente setiers d'avoine.

Cet officier s'efforça de faire valoir ses bons services auprès des visiteurs. « Le sieur de la Brugières, es troubles derniers, a employé, dit-il, sa vie, moyens et amis pour la conservation de ladite place en l'obéissance de sa majesté, et pour le bien et profit de monseigneur le grand prieur d'Auvergne....; mesmes au temps que le feu roy Henry le Grand, dernier décédé, fust tué, ledit Aubusson, oultre qu'il s'estoit retiré audit chasteau avecq sa femme, familhe et tous ses serviteurs domesticques, fust contrainct de s'accompagner et y retirer avec luy douze soldats, les y entretenir l'espace de neuf sampmenes pour la seuretté de ladite place. Et de mesme par autres deux diverses fois que les troubles ont renouvellé, sans pour ce en avoir recompance ne faict satisfaction de ses frais et despences imminans, utilles et necessaires. »
Il serait trop long de rapporter en entier les éloges que le brave capitaine se décerne ; il lui importait d'obtenir la bienveillance des visiteurs, car il se trouvait dans ce moment-là sous le coup d'une grave accusation.

Il s'agissait du meurtre de Jean Pollier, conseiller en l'élection de Bourganeuf. Le fait remontait à trois mois. Dans la soirée du 23 avril 1617, une rixe se produisait, dans les rues de la ville, entre le fils Aubusson, ledit Pollier et Jean Ladrat, neveu du juge général ; on mettait de part et d'autre l'épée à la main, le père Aubusson accourait au bruit que faisaient les combattants et Pollier tombait mortellement frappé. Des haines violentes divisaient alors les principales familles du lieu ; il en résulta que l'information ne put pas aboutir par suite de la passion qu'apportèrent les parties dans leurs dépositions.

Le grand prieur d'Auvergne possédait la justice haute, moyenne et basse sur la ville de Bourganeuf, sur les villages de Fournoux et de Murat et sur tous ceux où il levait des dîmes et des rentes féodales, les villages compris dans le ressort de la Marche exceptés. Il en confiait l'exercice à un juge général, qui traînait derrière lui un lieutenant, un procureur, un substitut du procureur d'office, un grenier et quatre sergents. Les gages de ces officiers étaient assez minces. Le juge touchait seize livres par an ; le procureur, huit livres ; le greffier, douze setiers de seigle, et les sergents chacun dix setiers.

Le concierge du château réunissait d'ordinaire à son office celui de gerletier ou garde des mesures, qui lui donnait le droit d'exiger une pinte par charge sur le vin vendu par des étrangers, et un denier par quarte de grains, tant des étrangers que des habitants. En retour, il était tenu de mesurer gratuitement les grains du grand prieur et de fournir toutes les mesures. La ville comptait, en outre, huit notaires, dont les charges étaient à la disposition du seigneur.

 

Fonds, droits, rentes et charges
Les dépendances du château de Bourganeuf étaient fort étendues.
A l'étang situé sous les murs dont il a été parlé plus haut, il faut ajouter plusieurs jardins et le grand pré de l'hôpital. Les terres et les prés situés dans la région formaient une série de métairies dont voici la liste :

Domus Hospitalis La Terrade
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Bourganeuf, Commune: Bosmoreau-les-Mines - 23
Elle dépendait de la paroisse de Bosmoreau ; ses terres restaient incultes et ses bâtiments étaient en ruine. Elle rapportait trente livres.

La Vaud de Bonneville
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Ahun, Commune: Thauron - 23
Elle était comprise dans la paroisse de Bonneville, qui n'est plus aujourd'hui qu'un hameau de la commune de Thauron. Elle rapportait quarante-cinq setiers de seigle.

Domus Hospitalis Bost-de-Ville
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Bourganeuf, Commune: Saint-Dizier-Leyrenne - 23
Elle était située dans la paroisse de Saint-Dizier-Leyrenne et rapportait quarante setiers de seigle.

Domus Hospitalis Les Martys
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Bourganeuf, Commune: Montboucher - 23
Elle appartenait à la paroisse de Montboucher et ne valait que seize setiers de seigle.

Domus Hospitalis Les Jartaud
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Bourganeuf, Commune: Faux-Mazuras - 23
Comprise dans la paroisse de Mazuras (aujourd'hui Faux-Mazuras), elle était affermée quatre-vingts setiers de seigle.

Domus Hospitalis Plazeix
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Bourganeuf, Commune: Bosmoreau-les-Mines - 23
Elle se nommait aussi Chez-Garrat, parce qu'elle était occupée par des métayers de ce nom, était située dans la paroisse de Bosmoreau et rapportait cinquante setiers de seigle.

Domus Hospitalis Le Masbaronnet
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Bourganeuf, Commune: Masbaraud-Mérignat - 23
Elle appartenait à la paroisse de Masbaraud-Mérignat et rapportait vingt setiers de seigle.

Fief, la terre des Bordes
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Bourganeuf, Commune: Bouzogles - 23
Un seul fief relevait du grand prieur. Il était situé dans le village de Bouzogles, se nommait la terre des Bordes et appartenait à une famille de ce nom.

 

Les forêts
Les forêts de la commanderie étaient très considérables ; mais elles avaient été abandonnées pendant de longues années sans surveillance et se trouvaient en partie ruinées. Les particuliers de la région ne se gênaient pas pour aller y prendre tout le bois dont ils avaient besoin. Il suffit de mentionner la Grande-Forêt, qui se composait du Vieux-Bois et des bois des Grés, des Martys et du Masbaronnet, et avait trois lieues de tour ; la garenne de la Chassagne, de six cents séterées ; la garenne de Poumier, de trois cents ; le bois du Cros, ruiné depuis longtemps, de trois cents ; et enfin le bois Rauzet, de six cents.

Les fermiers des fours banaux avaient le droit de prendre dans ces forêts le bois qu'ils brûlaient. L'un de ces fours, qui était voisin du château, était pourvu d'étuves à sécher le blé et s'affermait cent cinquante livres ; un autre, situé dans la ville, produisait cent livres, et un dernier, établi dans le faubourg du Puy, rapportait cent trente livres.

A côté des fours viennent les moulins. Le plus rapproché de Bourganeuf était un moulin à drap situé près du pré de l'Hôpital et appelé le moulin de « Lapparey. » Il était affermé vingt-quatre livres.
Celui de Larrier, bâti dans le faubourg de ce nom, produisait cent trente setiers de blé, un tiers froment et deux tiers seigle ; celui de Bouzogles, assis près du bois du Gros, rapportait trente-deux setiers de seigle ; celui du Pont-de-la-Roche, en rapportait quatre-vingt-cinq, et celui du Bois-Laron, voisin de Morterolles, onze setiers seulement.
Telles étaient les principales possessions du chef-lieu de la commanderie de Bourganeuf. Je vais indiquer maintenant les rentes et autres redevances que levait le grand prieur ; mais, avant, je dois encore mentionner le grand étang de Faux, dont la digue était depuis longtemps ouverte, le pacage de la Prade, de trois cents séterées, et une maison située dans le bourg de Murat. Devant cette maison était un pilori attestant les droits du grand prieur sur la justice du lieu, « lequel pilori a esté arraché depuis quinze ou seize ans. »

Des reconnaissances de 1610 établissent que le grand prieur levait les rentes suivantes :
Sur les villages et tènements de Villemesne, de la Vedrene de Pierre-Jean, de Bosredon (Bois-le-Rond), de Montarichard, de Bellefaye, de Jalinoux, de Pommerolles, de la Valette, de Montabarreau, de Masbeau, de Bonavaud et de Mas-la-Fille, deux cent quatre-vingt-huit setiers de seigle, dix-neuf setiers de froment, cent deux setiers d'avoine, vingt-trois livres, trente gélines et des vinades.

Sur ceux de Sauriat, d'Arfeuille de « Monavo, » de la Chaume, de Villette, des Clos et Fredoux, du Mas-Peyrot, des Bourdeix, de Montboucher, de Rampiengeas-le-Haut, de Rampiengeas-le-Bas et de Quinsat, cent cinquante-cinq setiers de seigle, cinquante-cinq setiers de froment, cent neuf setiers d'avoine, seize livres, cinquante gélines et un nombre important de vinades.

Sur ceux de Mazuras, de « Plassant, » de Faux, de Morterolles, de Bouzogles, de Vilatte et de Mas-Gaillard, trois cent trente-cinq setiers de seigle, quatre-vingt-huit setiers de froment, deux cent huit setiers d'avoine, quarante-huit livres, cent trois gélines et deux gélines par chaque feu pour l'usage des bois de la commanderie.

Sur ceux de Fresseix, de Rioublanc, de « Picq, » du Mas-la-Chèze, du Masderrier, de « Pierremaure, » de la Goursolle, de la Courrière, de « Cheux-Benassis, » de Chez-Sudreau, de « Saint-Drauzon » et d'Alesme, deux cent trente setiers de seigle, trente-huit setiers de froment, cent douze setiers d'avoine, trente-deux livres et quarante-trois gélines.

En ajoutant à ces rentes celles des villages de des Moreaux, de Bosmoreau, du Mas-Bareau, du Mas-Neuf, de Montalescaut, de la Regeasse, etc., etc., on arrive à un total de treize cent dix-sept setiers de seigle, de trois cent un setiers de froment, de sept cent trente-un setiers d'avoine, de cent quatre-vingt-quatre livres et de trois cent quatre-vingt-deux gélines.

D'autres rentes, dont l'assiette n'est pas indiquée, produisaient treize cent vingt-cinq setiers de seigle, trois cent dix setiers de froment, huit cent trente-neuf setiers d'avoine, quatre cents gélines, deux cent quatre-vingt-dix-huit livres et soixante « vinades. » Il faut aussi mentionner les lods et ventes, qui se levaient à raison de six deniers un.

Les dîmes de Bourganeuf étaient affermées par cantons. Celles de Poumier et des villages en dépendant produisaient cent cinquante-cinq setiers de blé ; celles des Faye de Vilette, soixante-un setiers ; celles de Quinsat, soixante setiers ; celles du Mas-Gaillard, cinquante-sept setiers ; celles de la Chaume, vingt setiers ; celles de Mas-Bareau, trois cent vingt setiers ; celles de la Combe de Chaumont, cent dix setiers ; celles de Montboucher, quarante-huit setiers ; celles de Bouzogles, cent quinze setiers ; celles de Mazuras, cent douze setiers ; celles de Faux, cent douze setiers ; celles de la combe d'Augeras, cent quatre-vingt-deux setiers ; celles de Rioublanc, quatre-vingt-sept setiers ; celles de la Montagne, comprenant de nombreux villages, deux cent cinq setiers ; celles de « Losme de Samt-Heram, » trente-huit setiers ; celles de Morterolles, deux cent six setiers ; celles de Sauriat, cent trente-six setiers ; celles de Drulhat, dix setiers enfin, celles de la ville, cent quatre-vingt-dix setiers. La dîme des laines valait, en outre, quatre-vingts livres.

De nombreuses usurpations avaient été commises.
Les visiteurs estimèrent que les grands prieurs perdaient par ce fait annuellement trois cents setiers de seigle, cinquante setiers de froment, deux cents setiers d'avoine, deux cents livres et les « vinades » de dix paires de bœufs.

La charge la plus importante de la commanderie de Bourganeuf consistait dans l'obligation où était le grand prieur de faire distribuer aux pauvres du chef-lieu, trois fois par semaine, une certaine quantité de seigle. Cette distribution n'en absorbait pas moins de sept cents setiers, et les habitants, qui étaient arrivés à rendre obligatoire ce qui n'avait été probablement à l'origine qu'une libéralité volontaire, demandaient que cette « aumosne » fût faite « à toutes sortes de personnes, pauvres et riches, allant et venant, qui se présenteront pour la recevoir. » Il est inutile de dire que les visiteurs repoussèrent cette prétention.
La ville demandait en même temps que le grand prieur fut tenu de contribuer pour un tiers à la, dépense du prédicateur du carême.
Voici la liste des autres charges de la commanderie : à l'abbé du Palais, deux setiers de froment, quarante-sept setiers de seigle et dix sols à messieurs de la Chapelle-Taillefert, vingt-deux setiers de seigle ; aux Jésuites de Limoges, à cause du prieuré d'Aureil, quatorze livres ; au curé de Morterolles, dix setiers de seigle ; à celui de Faux, six setiers ; au prieuré de Magnac, trois setiers ; aux prêtres de Bourganeuf, quarante-deux setiers ; au capitaine du château, quarante-deux setiers, trente livres et une certaine quantité d'avoine ; au greffier de la justice, douze setiers ; aux sergents, quarante setiers ; au juge de Bourganeuf, vingt-six livres ; au procureur, huit livres, et, en outre, une quarantaine de setiers de froment et de seigle à divers particuliers.

Ceci dit, il convient d'indiquer dès maintenant le revenu net de la commanderie en 1617:
Seigle, 4,394 setiers charges, 973 setiers ; restait 3,421 setiers.
Froment, 310 setiers charges, 31 setiers ; restait 279 setiers.
Avoine, 735 setiers charges, 33 setiers ; restait 702 setiers.
Argent, 2,045 livres ; charges, 61 livres ; restait 1,984 livres.

Les membres dont il sera parlé plus loin, entraient dans ce total, savoir :
Plénartige, pour 300 livres.
Mortesaigne, pour 550 livres.
Reillac et Mithaguet, pour 120 livres.
Donzenac, pour. 24 livres.
Arsouse, pour 320 livres.

 

Chapelles de Larrier et de Notre-Dame de Pitié
La première de ces deux chapelles était située dans le cimetière de Bourganeuf. C'étaient les pénitents-blancs, nouvellement établis dans la ville, qui l'avait fait construire, probablement sur l'emplacement d'un édifice plus ancien. Elle était flanquée de cinq chapelles voûtées dans lesquelles avaient été fondées plusieurs vicairies. Le peuple « y avoit grand devotion. »
La chapelle de Notre-Dame de Pitié s'élevait sur le chemin conduisant de Bourganeuf à Montboucher. A côté, se voyaient les « vestiges et masures d'une belle maison de plaisance » bâtie sur « une motte enfermée d'une haulte muraille », par le grand prieur Guy de Blanchefort. J'ai donné plus haut la liste des possessions et des rentes qui dépendaient du chef de Bourganeuf ; il ne me reste plus qu'à consacrer quelques lignes à chacune des églises existant dans ses annexes.

Annexe de Saint-Remy de Bouzogles
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Bourganeuf, Commune: Bouzogles - 23
L'église paroissiale de Saint-Remy de Bouzogles, qui était située à un quart de lieue de Bourganeuf, dépendait de la cure de cette ville. Elle était desservie par un vicaire placé sous l'autorité du pater ou curé ; mais c'est le grand prieur qui était le véritable seigneur spirituel du lieu, car c'est à lui qu'appartenaient toutes les dimes. Cette église était assez bien entretenue ; on y voyait une colombe de cuivre émaillé dans laquelle était enfermé le saint sacrement. Cette colombe était suspendue devant le grand autel à l'aide d'une corde glissant sur une poulie fixée à la voûte ; elle était recouverte d'un pavillon d'étoffe. On remarquera, en parcourant la suite de ce travail, que cette façon de conserver les hosties consacrées était alors d'un usage général dans la région et que le tabernacle placé sur l'autel se rencontre encore bien rarement.

Annexe de Notre-Dame de Mazuras
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Bourganeuf, Commune: Faux-Mazuras - 23
Petite église paroissiale non voûtée ayant des fonts baptismaux. Le saint sacrement y était conservé dans une boîte de cuivre émaillé suspendue au plafond ; on y voyait un reliquaire en forme de coffre et une bannière de serge verte ornée d'une grande croix blanche.
Elle était desservie par le curé de Faux.

Annexe de Saint-Pierre et Saint-Paul de Faux
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Bourganeuf, Commune: Faux-Mazuras - 23
Eglise paroissiale non voûtée, flanquée de trois chapelles et pourvue de fonts baptismaux. Le saint sacrement y était conservé dans une colombe de cuivre émaillé, et on y voyait un reliquaire de laiton de forme triangulaire. Le curé recevait une pension de six setiers de seigle et de trois livres ; il avait la jouissance de divers immeubles, en particulier, du moulin de Faux, qui lui rapportait annuellement treize setiers de blé. J'ai dit qu'il était obligé de faire célébrer la messe dans l'église de Mazuras les dimanches et jours de fêtes de commandement.

Annexe de Sainte-Anne de Morterolles
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Bourganeuf, Commune: Morterolles - 23
L'église paroissiale de Morterolles, village situé à une grande lieue de Bourganeuf, était desservie par un religieux d'obédience de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Elle était petite et avait été très mal entretenue. On y voyait un reliquaire de cuivre émaillé, fait en forme de coffre, et une custode de laiton émaillé pour le saint sacrement. Le grand prieur, seigneur spirituel et temporel et dîmier général du lieu, servait au curé une pension de cinq livres et de dix setiers de seigle.
A l'église Sainte-Anne de Morterolles se rattachait l'annexe de Saint-Gilles, qu'on appelait communément Saint-Giry.

Annexe de Montboucher
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton et Commune: Bourganeuf - 23
La paroisse de Montboucher comprenait les villages des Bourdeix, des Fredoux, de Cheux-Perrot, des Coulons, des Marty, et de Bonnavaud ; elle possédait une grande église placée sous le vocable de saint Jean-Baptiste, et le grand prieur en était seigneur spirituel et temporel et dîmier général. Le saint sacrement était conservé dans une custode de cuivre émaillé. Proche de l'église, se voyait une petite chapelle avec autel, où était une image de la Vierge. Le curé avait la jouissance d'une métairie.
Les habitants se plaignaient d'usurpations sur leurs communaux commises par le sieur de la Gorse.

Annexe de Saint-Jean de Bosmoreau
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Bourganeuf, Commune: Bosmoreau-les-Mines - 23
Le grand prieur était soigneur spirituel et temporel et dîmier général de cette paroisse ; il abandonnait au curé la jouissance du moulin de la Cure, qui rapportait annuellement vingt-cinq setiers de seigle, et lui permettait de lever trois autres sur le village de Montarichard. En retour, il l'obligeait d'entretenir un prêtre pour la desserte de Saint-Barthélemy de Bonneville. L'église renfermait une paix de cuivre émaillé.

Annexe de Saint-Barthélémy de Bonneville
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Ahun, Commune: Thauron - 23
Bonneville, qui est un hameau de la commune de Thauron, possédait une église pourvue de fonts baptismaux. Cette paroisse, il est vrai, était de petite étendue. Elle ne comprenait que les villages de Combevert, de Trelonge, de la Vaud et de « Lasino. »
On voyait dans l'église un reliquaire de cuivre, fait en forme de coffre, où étaient, d'après les habitants, des reliques de saint Barthélémy. Les visiteurs de 1617 eurent à entendre de longues doléances contre le grand prieur, qui avait permis à l'abbé du Palais d'usurper des communaux et des terres d'une étendue de sept cents à mille séterées.

Arsouse
Département: Creuse, Arrondissement: Guéret, Canton: Le Grand-Bourg - 23
Arsouse est un hameau de la commune de Châtelus-le-Marcheix (8). On y voyait les ruines d'une chapelle qui avait été détruite pendant les guerres de religion, et celles de grands bâtiments appelés les cloîtres. Les revenus de ce membre de Bourganeuf consistaient en dîmes levées sur les villages d'Arsouse, du Chastang, de Saint-Alaix et d'Urghand, et en rentes sur les mêmes lieux et sur ceux de Monsergue, de Tournoux, de Las Costas, de Maisonnieu, etc. L'ordre de Malte avait possédé là un moulin, qui, abandonné depuis longtemps, était tombé en ruine [1617). 8. Arrondissement de Bourganeuf, canton de Benévent.

Plénartige
Département: Haute-Vienne, Arrondissement: Limoges, Canton: Eymoutiers - 87
Plénartige ou Plainartige, qui est un hameau de la commune de Nedde (canton d'Eymoutiers), était jadis le chef-lieu d'une paroisse dépendant de l'ordre de Malte. Son église, placée sous le vocable de saint Jean, était complètement privée de toiture. Un curé, qui prenait, comme gages, les revenus du moulin du lieu, venait y célébrer la messe une fois par mois, quelquefois deux ; mais comme il n'y avait plus de fonts baptismaux, c'était le curé de Nedde qui baptisait et administrait les sacrements. Il exigeait pour cela des habitants dix sols par an et quatre setiers de blé.
L'ordre de Malte possédait là, avant les guerres de religion, un bois de haute futaie qui avait été complètement détruit par les habitants des villages voisins, et des terres et prés formant un domaine dont les bâtiments d'exploitation étaient à moitié détruits. Il ne restait que des ruines du château du commandeur.
Celui-ci levait des rentes sur les lieux et villages de Plénartige, du Pradel, des Micheaux, des Boulys, du Queireix, des Ameilhols, de Neuvialle de Fraisseix, du Moyadon et de Narbon ; il était dîmier général de tous ces villages et avait la justice haute, moyenne et basse sur une partie d'entre eux.

Temple de Mortesaigne
Département: Haute-Vienne, Arrondissement: Limoges, Canton: Saint-Léonard-de-Noblat, Commune: Saint-Léonard-de-Noblat - 87
Le Temple de Mortesaigne ou de Mortessagne était situé sur la route de Limoges à Clermont, à un quart de lieue de Saint-Léonard. On y voyait une chapelle de dévotion dédiée à saint Jean-Baptiste, dans laquelle un prêtre du dehors venait célébrer la messe tous les jeudis moyennant une rétribution de cinq sols pour chaque messe. Cette chapelle servait en même temps de grange ; le fermier du membre y logeait sa paille et y faisait battre son blé. Les bâtiments de la commanderie étaient considérables mais ils avaient été mal entretenus et tombaient en ruine (1617). A côté de ces bâtiments, se trouvait la demeure d'un métayer à qui étaient affermés de vastes héritages francs de dîmes, tailles et autres impositions, en vertu des privilèges de l'ordre, et aussi parce qu'ils étaient compris dans les limites de la franchise de Saint-Léonard. Les visiteurs constatèrent toutefois que le prieur dudit Saint-Léonard tentait de lever la dîme des fonds de cette métairie, sur laquelle il percevait, d'autre part, une rente de seize setiers de seigle et de trois livres.

Ce membre comprenait encore un moulin, appelé le moulin du Temple, qui était affermé vingt-cinq setiers de seigle, deux chapons et deux poules un étang appelé de la Villatte, situé dans le village de Vernon, et un second moulin, situé dans le même lieu. Des redevances très importantes en nature et en espèces étaient levées sur les villages de Mortesaigne, Lussac, Feytagaut, Saint-Christofle, les Rougères, la Chaud, las Valadas, Vallégeas, Vialeix, la Font, Cheminadas, la Vigne, L'Age, Escouveaux, Marnigot, la Bussière, Lemberterie, la Vialle, Grand-Billat et Vernon. Ces redevances étaient chargées d'une pension de cinq setiers de seigle, de quinze setiers d'avoine et de vingt poules au profit de l'évêque de Limoges, et d'une autre de douze setiers de seigle et de douze setiers d'avoine au profit du prévôt d'Eymoutiers, qui l'avait cédée aux Jésuites de Limoges.
En 1617, le membre de Mortesaigne était affermé cinq cent cinquante livres ; il rapportait neuf cents livres en 1745.

Reillac et Milhaguet
Département: Dordogne, Arrondissement: Nontron, Canton: Périgord vert nontronnais - 24
Reillac appartient aujourd'hui à l'arrondissement de Nontron (Dordogne), et Milhaguet à celui de Rochechouart (Haute-Vienne). Ce membre de Bourganeuf était rarement visité par les commandeurs à cause de la grande distance qui le séparait de son chef-lieu. L'espèce d'abandon dans lequel on l'avait laissé, avait favorisé les usurpations des curés et des seigneurs de Reillac. Ces derniers avaient fait bâtir, vers 1600, une maison forte et « beau chasteau » dans « la fondalité » du grand prieur.

Milhaguet
Département: Dordogne, Arrondissement: Nontron, Canton: Périgord vert nontronnais - 24
A Milhaguet, se trouvait une église paroissiale dédiée à Notre-Dame, qui était « toute ruynée et abattue, hors un peu de couvert sur le grand autel ; les dixmes de laquelle eglise appartiennent au sieur grand prieur pour un tiers, l'autre au curé, et le troisiesme aux dames de Boubou. » Ce tiers produisait environ treize setiers de grains. L'ordre ne possédait dans ce membre qu'un étang et un moulin banal « tous rompus. »
Au lieu appelé la Pouge, qui est compris aujourd'hui dans la commune de Champagnac, s'élevait, avant 1617, une chapelle dont il ne restait à cette date que des ruines. Là étaient également un étang et un moulin qui étaient tenus, moyennant une redevance de six setiers de blé, par le sieur de la Sudrie. Le même particulier devait en outre une métairie, quatre setiers de seigle et huit sols.

Les terriers mentionnaient les rentes suivantes
Bourg de Milhaguet, deux boisseaux de seigle, vingt-huit sols un denier, et deux poules.
Puy de Milhaguet, un setier de froment, deux setiers de seigle et vingt sols.
Mas « du Bouschaud, » deux boisseaux de seigle et deux poules.
Bourg de Reillac, quatre setiers de froment, huit setiers de seigle, trois setiers d'avoine, quinze sols et quatre poules.
Milhaguet, deux setiers de seigle, six boisseaux d'avoine, sept sols et deux poules
« Sequirand, » cinq setiers, un boisseau de seigle, un setier de froment, deux boisseaux d'avoine, quatre poules et vingt-cinq sols.
L'Hôpital et la Martine, paroisse de Chéronnac, un setier de froment, deux setiers de seigle, ung setier d'avoine
« Cuchardie, » paroisse de Vayres, un setier de froment, trois setiers de seigle, un setier d'avoine.
La Pouge, dix boisseaux de seigle, six coupes de froment, six boisseaux d'avoine, quinze sols et une poule.
« Les Ostardz, » un boisseau de froment, un setier quatre boisseaux de seigle, deux boisseaux d'avoine, douze sols et une poule.
La Sudrie, un demi-boisseau de seigle, une coupe d'avoine, deux sols et une poule.
La Vergne, une écuelle « mosduriere » de seigle et sept sols etc.

Les visiteurs de 1617 furent très mal accueillis à Reillac. « En procédant, disent-ils, à la visite de l'esglise, est comparu certain soldat qu'on qu'on nous a dict estre de Saint-Hyrié-la-Perche, estant de present au chasteau de Rillac, lequel en colere et furie nous est venu dire de sortir hors de ladite esglise ne passer oultre à ladite visitte, par deux ou trois fois, et ne faire aucunes escriptures, d'aultant que ladite esglise, dixmes, rantes, justice et touttes aultres choses appartenoient auxdits sieurs de Rillac privativement à tous autres, estans pour lors lesdits sieurs de Rillac absens et que sy nous passions oultre, il nous arriveroit du malheur devant que partir dudit lieu, comme la vérité est qu'il estoit là exprès pour nous rendre du desplaisir, et que d'aultres soldatz dudit chasteau, et mesme des habitans dudit lieu, n'attendoient autre, sinon que nous eussions commencé quelque rebellion par parolles ou autrement ; mais par nostre prudance et doux parler, nous avons rompu leurs dessains et monté soudainement à cheval, n'ayant osé faire nos protestations et procès-verbaux de l'empeschement de nostre dite visitte, ayant remis de les faire en temps et lieu. »

L'HôpitaL-Saint-Jean de Donzenac
Département: Corrèze, Arrondissement: Brive-la-Gaillarde, Canton: Allassac - 19
Le membre de l'Hôpital-Saint-Jean de Donzenac, de même que celui de Reillac et Milhaguet, était tellement éloigné de son chef-lieu, qu'il avait été en quelque sorte abandonné par les grands prieurs.
Le commandeur de Naberat le visita en venant de Saint-Bazile, qui dépendait de Bellechassagne. Il apprit que Jean Escudier, conseillé en l'élection de Brive, en jouissait depuis longtemps et se faisait payer très exactement les rentes qui en dépendaient sans acquitter le moindre fermage. Il consistait « en une place ou vielle masure de maisons dans ladite ville de Donzenac, en la rue de la Martiniere, en ung carré de murailles de ladite ville, où-il y a encore une cheminée dans la muraille...; au-dessus de ladite cheminée il y a la croix de Malte. »
Il comprenait, en outre, « quelques dixmes de vin sur le territoire de Chaumont...; pouvant valoir en commune année trois ou quatre charges de vin ; une rente sur le moulin du doux, qui est d'environ une charge de bled...; aussy plusieurs belles rentes de bled et de vin et aultres debvoirs, suivant l'ancienne lieve, lesquelles n'ont esté longt-temps renouveliez, qui est la cause que la plus grande part se pert. »
Sources: A. Vayssière, Archiviste départemental. Bulletin de la Société des lettres, sciences et arts de la Corrèze, pages 21 à 48. Tulle 1884. - Bnf